L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

l'incolore tsukuru tazaki Murakami1Cet auteur, quel bonheur ! Une fois de plus Haruki Murakami fait preuve d’un formidable talent de conteur dans ce dernier roman dont le personnage principal, Tsukuru Tazaki, se jugeant banal et insignifiant, se retrouve rejeté par son cercle d’amis. Un rejet brutal et soudain qui le laisse dans une douloureuse hébétude. Il se sentait déjà bêtement un peu en marge parce que chacun de ses amis portait un patronyme représentant une couleur et pas lui. Puis il se sentait d’ailleurs trop ordinaire et discret par rapport à eux qui avaient chacun un trait de caractère prononcé : la douce pianiste Yuzuki, l’espiègle et affirmée Eri, le sportif Yoshio et le doué en maths Kei. Et pourtant tous les cinq formaient une parfaite harmonie. Une solide amitié que rien ne semblait pouvoir briser. Alors quand, de retour dans sa ville natale, ses amis coupent les ponts brutalement il ne reste que la douleur et l’incompréhension. On dit qu’une blessure laisse toujours une cicatrice et si par la suite Tsukuru surmontera tant bien que mal l’événement pour vivre à peu près normalement, le manque et la douleur seront toujours présents en toile de fond dans chacune des années de sa vie. Sara, une femme qu’il pense pouvoir aimer, le poussera à chercher les explications qu’il a mis tant de soin à tenir à l’écart.

haruki murakamiMoins hypnotique que 1Q84 ce roman n’en est pas moins beau. Admirative que je suis du style épuré, sensible et accessible de l’auteur je ne pouvais qu’adhérer à ce long titre qui résonnait déjà mélodieusement à mes oreilles avant même de trouver sa place sur les rayons des librairies. La solitude des personnages, la sagesse, l’étrangeté, la poésie, la finesse psychologique et la frontière toujours mince entre rêve et réalité, tout me pousse à explorer davantage sa bibliographie. Si je m’écoutais j’enchaînerais ses titres pendant une semaine sans discontinuer. Il n’y a -je crois- « que » 13 romans traduits en français et j’ai déjà lu les 1Q84 et Le passage de la nuit alors je vais essayer de faire durer un peu surtout qu’un Murakami c’est encore mieux quand c’est lu au moment opportun.
Si L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinages est plus classique que la plupart de ses autres titres, cela reste un beau roman plein de sens dont on ressort grandi et apaisé. Je croise les doigts pour un autre titre l’année prochaine et, pourquoi pas, le prix Nobel.

EXTRAITS :

« Ce n’est pas seulement l’harmonie qui relie le cœur des hommes. Ce qui les lie bien plus profondément, c’est ce qui se transmet d’une blessure à une autre. D’une souffrance à une autre. D’une fragilité à une autre. C’est ainsi que les hommes se rejoignent. Il n’y a pas de quiétude sans cris de douleur, pas de pardon sans que du sang soit versé, pas d’acceptation qui n’ait connu de perte brûlante. Ces épreuves sont la base d’une harmonie véritable. »

« Il pénétra dans l’enceinte de la gare depuis le guichet d’accès de Yaesu et s’assit sur un banc, sur le quai de la ligne Yamanote. Et puis il passa là une bonne heure à contempler les alignements de wagons verts qui se succédaient presque toutes les minutes, déversant un nombre infini de voyageurs puis ingurgitant de nouveau, à la hâte un nombre infini de voyageurs, avant de s’ébranler. [...]
Sans cesse, les voyageurs affluaient, ils formaient spontanément des files bien nettes, montaient en bon ordre dans le train et se laissaient transporter vers une destination quelconque. Tsukuru était surtout impressionné par l’innombrable quantité d’humains qui peuplaient cette planète. Il lui semblait tout aussi miraculeux que, dans ce monde, circulent un si grand nombre de trains. Que tant de gens dans tant de wagons soient ainsi transportés aussi méthodiquement. Que tant de gens viennent de quelque part et se rendent autre part. »

«  »Il y a dans la vie des choses trop dures à expliquer, dans n’importe quelle langue », avait dit Olga. Elle avait certainement raison, songea Tsukuru en buvant son vin. Et pas seulement quand il s’agissait de les expliquer aux autres. Même pour soi-même, c’était vraiment trop difficile. Quand on se force à trouver des explications, il n’en sort que des mensonges. »

« Voltaire le réaliste disait que l’originalité n’était rien d’autre qu’une imitation judicieuse. [...]
Pour chaque chose, il faut un cadre. Pareil pour la pensée. On ne doit pas craindre le cadre exagérément, mais il ne faut pas non plus craindre de le casser. C’est ça le plus important pour trouver la liberté. Respecter et détester le cadre. Les choses qui comptent le plus dans la vie d’un homme son toujours ambivalentes. Voilà à peu près tout ce que je peux dire. »

« [...] J’aime cuisiner mais je n’ai nulle envie d’en faire un métier et d’être enfermé dans la cuisine d’un restaurant. Si cela m’arrivait, je me mettrais tôt ou tard à haïr quelqu’un.
- Haïr quelqu’un ?
- Le chef hait les serveur, et l’un et l’autre  haïssent les clients, déclara Haida. Ce sont les mots d’Arnold Wesker, dans sa pièce La Cuisine. Les hommes privés de liberté en viennent toujours à haïr quelqu’un. Tu ne crois pas ? »

Anecdote : le titre du roman est un clin d’oeil à Franz Liszt pour son morceau Le mal du pays dans l’oeuvre Années de pèlerinage :

Quatrième de couv’ :
« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L’un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur.
Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu’ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n’en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n’aurait pas encore compris qu’il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l’intrigue mais elle le sent hors d’atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n’est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.
Après la trilogie 1Q84, une oeuvre nostalgique et grave qui fait écho aux premiers titres du maître, La Ballade de l’impossible notamment. »
L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
de Haruki Murakami (2013)
Traduction du japonais par Hélène Morita
Belfond, sept 2014, 367p
4,5 étoiles sur 5
source photo auteur : http://trackingwonder.com/

Je participe au challenge écrivains japonais chez Adalana et ce roman entre aussi dans le challenge Rentrée Littéraire 2014 chez Herisson(4/6)

logo-challenge-c3a9crivains-japonais challenge RL 20141

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Une pomme par jour

Une pomme par jour« Une pomme par jour éloigne le médecin » …. « pourvu que l’on vise bien ! » aurait ajouté Winston Churchill…
 70 recettes dans ce livre consacré à la pomme.  Plutôt traditionnelles façon « recettes d’antan », beaucoup de recettes sucrées, quelques recettes salées (au cidre notamment, miam !). Des illustrations appétissantes et soignées et surtout le must : un guide sur l’histoire de la pomme, les variétés, plusieurs pages consacrées à l’histoire du cidre et des doubles pages consacrées à une variété en particulier (Elstar, Reinette Clochard, Belle de Boskoop, …) de la saison à l’avis des croqueurs. Bien sûr toutes les variétés ne sont pas référencées (il faudrait une encyclopédie) mais voilà un bel hommage à ce fruit très familier qui subit lui aussi les transformations industrielles propres à l’utra-consommation de la société d’aujourd’hui. D’ailleurs on nous le dit en introduction : préférons les circuits locaux et les productions à petite échelle plutôt que les grandes surfaces aseptisées… Un joli livre, donc, auquel j’ai trouvé une faiblesse malheureusement non négligeable : J’ai réalisé une des recettes (le quatre-quarts aux pommes caramélisées) qui m’a posé quelques soucis : il est noté de battre le beurre mou et le sucre mais il est évident quand on essaie de le faire au fouet que ce genre de mélange se fait avec un robot. Que je ne possède pas. Ce n’est pas précisé. Bon je vous l’accorde, c’est un détail, on s’en passe, j’y suis allée gaiement à la main. En revanche, on nous dit de faire un caramel mais on ne nous en indique pas les étapes. Heureusement que j’ai fait du caramel il n’y a pas si longtemps. Mais le mien prend une couleur ambrée dès la chauffe et dans la recette on nous parle de caramel blond… Puis enfin on nous demande de planter les tranches de pommes dans la pâte. Mais allez planter des tranches lorsque vos cubes de pommes qu’on vous a demandé de couper au début sont cuits (donc tout mous) et imbibés de caramel… Une recette un peu bancale, donc. Je ne sais ce qu’il en est pour les autres mais je vous rassure si besoin est, j’ai quand même réussi mon quatre-quarts qui a eu énormément de succès. Il est savoureux, on ne peut pas dire le contraire.

Du coup je vous livre la recette un chouilla modifiée si ça vous tente…. :

Quatre-quarts aux pommes caramélisées
(4-6 personnes)


IMG_8083La pâte :

– 4 oeufs
– 250 gr de sucre
– 250 gr de beurre mou + pour le moule
– 250 gr de farine fluide

Les pommes :
– 3 pommes
– 1 demi citron (1 entier dans la recette originale)
– 100 gr de sucre (150 gr dans la recette originale)
– 20 gr de beurre

Fouetter ensemble le beurre mou et le sucre (avec un robot si vous en possédez un, sinon allez y avec vos jolies petites mains propres en malaxant ou bien faites fondre le beurre entièrement, il se mélangera très bien avec un fouet manuel. La texture du gâteau ne sera peut-être pas tout à fait la même mais avec les pommes au caramel vous êtes assuré du moelleux, no stress). Ajouter les oeufs un à un en mélangeant entre chacun, puis ajouter la farine progressivement.

Préchauffer le four à 180°.

Bien nettoyer les pommes, les peler et les couper en cubes. Citronner. Faire fondre les 20 gr de beurre dans une poêle et dorer les pommes sur feu relativement fort, 5 min environ de chaque côté. Faire un caramel avec le sucre (laisser fondre les 100 gr de sucre dans une casserole, à sec, jusqu’à ce que le sucre fonde entièrement). Hors du feu le verser sur les pommes.

Verser les pommes au caramel dans la pâte puis mettre le tout dans un moule beurré et fariné. Mettre au four environ une heure (40-45 min dans la recette mais ce n’était pas cuit chez moi. Plantez un couteau au milieu du gâteau à la fin de la cuisson, si elle ressort sans traces de pâte, c’est cuit).

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Moelleux et goûteux, une réussite.

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Une pomme par jour, de Keda Black
(photographies de Marie-Pierre Morel, Sophie Préchaud & Julie Serre)
editions Marabout, sept 2014, 191 pages
Fiche Babelio
Livre reçu et chroniqué dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.
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Tartelettes au chocolat et caramel beurre salé

Vendredi soir je me suis lancée dans la réalisation de tartelettes chocolat & caramel beurre salé et le résultat me rend toute fière ^.^. C’était la première fois que je réalisais ce caramel – d’ailleurs je n’ai jamais beaucoup cuisiné de trucs au caramel – et je suis très agréablement surprise du résultat. Quasi coulant tout en gardant une certaine fermeté, relevé d’une ganache chocolat toute douce, le tout dans une pâte sablée ou sucrée bien croquante, j’ai juste envie d’en faire toutes les semaines maintenant… >.<

tartelettes chocolat caramel beurre salé

Tartelettes au chocolat et caramel beurre salé
pour 10 tartelettes de 8cm de diamètre

Je partage la recette de la pâte mais on peut aussi acheter une pâte toute faite si le temps manque… Sinon on peut aussi préparer la pâte à l’avance, foncer les moules et les congeler pour les faire cuire un autre jour (déjà testé, ça marche !)

pâte1Pour la pâte sablée :
– 50 gr de sucre
– 50 gr de sucre glace
– 250 gr de farine
– 150 gr de beurre mou
– 1 pincée de sel
– 1 œuf
– 1 cc d’extrait de vanille

1. Battre les oeufs avec les sucres, le sel et la vanille 2. Ajouter la farine en 1 fois et pétrir du bout des doigts 3. Ajouter le beurre mou en morceaux (s’il est trop dur : quelques secondes au micro-onde à basse puissance) et pétrir rapidement en incorporant bien le beurre mais sans trop travailler la pâte 4. Former une boule, la recouvrir de film alimentaire et placer au frigo au moins une heure pâte25. Fariner le plan de travail, la pâte et le rouleau ; étaler la pâte, découper des cercles + grands que les moules (pour les bords) et foncer les moules en enlevant l’excédent de pâte avec le plat d’un couteau.
6. Recouvrir les pâtes de papier sulfurisé et remplir de haricots secs ou de billes d’argile.
7. Faire cuire 10 min à 180°C, enlever les billes, piquer le fond des tartelettes et pour cuire le fond remettre au four 8- 10 minutes. Réserver.

pâte3PS : les bords de mes pâtes ne sont jamais bien droits, je ne sais pas faire les bords bien nets mais ça se mange quand même ! et puis entre nous ça a un petit côté « terroir » pas déplaisant ;)

tartelettes chocolat caramel beurre salé2Pour le caramel :
– 200 gr de sucre
– 150 gr de crème liquide (je n’avais que de la semi-épaisse légère en brique et ça fonctionne à merveille)
– 50 gr de beurre demi-sel

1. Faire un caramel à sec : laisser chauffer le sucre à feu moyen dans une casserole jusqu’à ce qu’il fonde entièrement et se pare d’une couleur bien dorée. 2. Quand le sucre est presque fondu faire chauffer la crème (au micro-ondes pour moi) 3. Ajouter une cuillère de crème dans le caramel en remuant (attention aux projections) puis incorporer le reste de crème en remuant toujours 4. Ajouter le beurre et remuer à feu doux-moyen en laissant s’évaporer jusqu’à l’obtention d’un caramel semi-liquide 5. Laisser tiédir 2 minutes et couler dans le fond des tartelettes.

tart1Pour la ganache chocolat :
– 150 gr de chocolat noir pâtissier
– 15 cl de crème liquide
– 35 gr de beurre doux

1. Faire fondre le chocolat (sacrilège diront certains mais je le fais fondre au micro-ondes avec un chouïlla d’eau, à basse température et en remuant bien à la sortie) 2. Ajouter la crème chaude au chocolat par petites quantités en remuant vivement 3. puis le beurre coupé en morceaux. mélanger jusqu’à obtention d’un chocolat lisse. 4. puis couler dans les tartelettes.

Elles se mangent après passage au frigo, perso je les ai laissées une nuit pour le résultat sur la photo. Elles sont A CROQUER ♥

Si d’aventure vous avez envie de me montrer les photos de vos réalisations n’hésitez pas à le faire sur la page facebook.
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Avec tous les livres qu’il me reste à lire… (+4 sur la pile)

Bonjour tout le monde,
Quelques arrivées réconfortantes sur ma pile… ☼

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Tout pour plaire, d’Ingrid Desjours : Je sais qu’une grande partie des lecteurs de l’auteure la lit pour son nom. De mon côté je ne la connaissais à vrai dire pas vraiment avant sa trilogie ado (Kaleb) et j’avoue que son nom aurait plutôt tendance à me faire fuir : tout le marketing autour de Kaleb a fini par me lasser et comme je suis plutôt du genre à fuir les conseils de Gérard Collard, l’un de ses plus grands supporters, rien ne me poussait vers ses ouvrages. Oui mais… Franchement le synopsis de celui-là me branche pas mal… Alors je laisse de côté mes a-prioris et je me lance ! (en savoir +)

Entre toi et moi, de Stephen Emond : Depuis qu’il est sorti il me tente +++ et je l’ai enfin trouvé d’occasion. Pour 6€ frais de port compris j’aurais eu tort de me priver, pas vrai ?! (en savoir +)

Tour de plume, de Caroline Deyns : Ca c’est clairement le résumé qui m’a parlé… Ca parle d’une librairie, d’un stylo plume, de lecteurs… Il me le fallait ! (en savoir +)

Le ciel en cage, de Christine Leunens : L’histoire d’une relation entre un ado qui s’est fait embrigader par le nazisme et une jeune juive, entre dégoût et fascination. Je soupçonne le roman puissant… (en savoir +)

Et vous, quoi de neuf dans vos piles ? Vous connaissez ces titres ? N’hésitez pas à utiliser les commentaires.        ☼ Bon dimanche ☼

 

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On a pas la thune

 

On a pas la thune
Texte et musique : Damien Saez
Album Varsovie © Cinq7 – 2008

musique

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Vous parler de ça (Laurie Halse Anderson)

vous-parler-de-ça-laurie-halse-andersonInédit en France, troisième parution de La Belle Colère après Dieu me déteste et La Ballade d’Hester Day, Vous parler de ça (Speak en VO) est le premier roman de Laurie Halse Anderson publié voilà déjà 15 ans aux Etats-Unis. Il s’en est vendu des millions d’exemplaires et une adaptation ciné a vu le jour en 2004 avec dans le rôle principal une Kristen Stewart alors âgée de 14 ans ne fricotant pas encore avec les vampires. Pourtant très bien noté sur Allociné (bon d’accord il n’y a « que » 554 votes mais 4,1/5 tout de même!) le film n’est pas sorti en salles chez nous mais il est disponible en DvD.
« C’est la rentrée ; mon premier jour au lycée. [...] Ca y est, les élèves envahissent le car par groupes de quatre ou cinq. En s’avançant dans l’allée, celles et ceux que j’avais connus au collège, en sport ou en travaux pratiques de physique-chimie, me jettent des regards noirs. Je ferme les yeux. C’est bien ce que je craignais. »  (première page)

Speak film kristen stewartCe roman donne voix à celle de Melinda, ado de quatorze ans qui raconte sa première année de lycée à travers de courts chapitres. Dès la première page on se rend compte qu’elle fait partie des élèves impopulaires, évités et moqués. Elle ne parle pas beaucoup, les mots restent coincés et ne franchissent pas souvent ses lèvres et la raison de son silence est grave : elle s’est fait violer par un élève de Terminale juste avant la rentrée, et personne ne le sait. Pour les autres, elle est la fille qui a fait capoter une fête géniale en appelant les flics car lors de leur arrivée Melinda a fui, envahie par la honte et rongée par la peur.
Evidemment, son incapacité à parler combinée au rejet des élèves l’isole toujours plus du reste du monde. Et pourtant Melinda est une jeune fille intelligente et sensible qui mérite qu’on gratte un peu la lourde carapace qu’elle s’est forgée …

J’ai lu que dans les lycées américains ce livre est devenu une sorte de plaidoyer contre le viol et c’est une très bonne chose mais il serait dommage de le réduire à ce seul combat. Parce qu’au delà du drame on y trouve une description très fine de l’univers particulier qu’est le lycée et des relations qui s’y jouent. Alors bien sûr on est aux Etats-Unis, tout est forcément très « américain » : les matchs, les pompoms-girls, les clubs select de filles branchées, … (à ce propos, les élèves américains sont-ils vraiment notés sur leurs tenues vestimentaires et leur comportement à la cafétéria ?! O.o) mais justement ça n’en décrit que mieux la jungle impitoyable de cette période de la vie : il faut rentrer dans une case, traîner avec des gens qui se ressemblent, adopter un langage commun, faire partie d’un clan, se faire accepter, séduire, jouer des coudes, se créer une identité. Et Melinda, en taisant et en enfouissant ce qui lui est arrivé, ne communiquant pas, ne fait que creuser le fossé et attiser le rejet : tout occupés à parfaire leur propre popularité, la plupart des élèves ne voient rien d’autre en elle qu’une fille mal dans sa peau qu’il vaut mieux éviter. La formule est peut-être simple mais n’en est pas moins juste. Le personnage d’Heather est d’ailleurs l’archétype du phénomène : bien contente de gagner l’amitié de Melinda, elle finit par trouver sa compagnie encombrante car malgré leur lien, Melinda n’est pas assez fun, trop déprimée et trop impopulaire pour rester son amie et se fait larguer sans autre forme de procès.
Pas jojo jusque là, n’est-ce pas … Et pourtant! on aurait tort de penser que ce roman est un simple reflet déprimant de la réalité …

Speak--laurie-Halse-AndersonCar Melinda fait preuve d’un cynisme réjouissant vis à vis de son établissement et Laurie Halse Anderson parsème les pages de petites étincelles d’humour et de fraîcheur absolument irrésistibles. Les profs en prennent pour leur grade et on ne peut pas parler des profs sans parler de Mr Freeman qui a fait des arts plastiques son dada : un très beau personnage dont la salle de classe poussiéreuse et encombrée permet une pause salutaire. Pendant ses cours Melinda essaie d’exprimer ce qui la ronge – sans forcément y parvenir …
Certains chapitres sont très beaux (« colorier en dépassant » , « germination ») d’autres poignants (« bleus à l’âme »), d’autres encore vraiment drôles (« insecticide », « cultiver la douleur ») et même si certains sont un poil exagérés (je pense à la soirée de Thanksgiving) l’ensemble forme un patchwork d’émotions qui fait sourire, se révolter et s’émouvoir dans une dimension salvatrice très forte … Seul le temps saura venir à bout de la blessure et du manque de confiance de Melinda -un temps nécessaire et inévitable- et justement, je nourris un petit regret pour la fin trop vite expédiée à mon goût … c’est que j’aurais aimé suivre cette ado encore un peu, dans sa (re)construction et son rapport aux autres … C’est un personnage auquel on s’attache et dont on brûle de connaître la suite.
J’ai donc bien envie de rejoindre les mots de John Green (que je n’ai pourtant pas réussi à suivre pour Eleanor & Park) qu’on peut lire sur le dos du bandeau du livre : « De nombreux auteurs ont contribué à donner au roman d’apprentissage ses lettres de noblesse, Laurie Halse Anderson est sans conteste l’un des plus importants ».

Voilà… Ce roman est grave et drôle en même temps, tendre, émouvant et salvateur, ses pages sont faites de moments qui serrent le coeur mais aussi de vraies bouffées de bonheur. A découvrir ! ;)

EXTRAIT :
« J’ai de plus en plus de mal à parler. Ma gorge me fait toujours souffrir, mes lèvres sont gercées. Quand je me réveille le matin, mes mâchoires sont tellement contractées que j’en ai mal à la tête. Ma langue se délie parfois quand je suis seule avec Heather. Mais chaque fois que j’essaie de parler à mes parents ou à un prof, je bafouille ou me bloque. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? J’ai l’impression d’être atteinte d’une espèce de laryngite chronique. » (p85)
Quatrième de couv’ …
Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s’étranglent avant d’atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l’étau d’un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussée progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis, et même ses parents. Elle fait l’expérience intime de la plus grande des injustices : devenir un paria parce que ceux dont elle aurait tant besoin pensent que le mal-être, c’est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée.
Vous parler de ça (Speak, 1999), de Laurie Halse Anderson
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin
La Belle Colère (Anne Carrière), oct 2014, 300p
4 étoiles
Laurie Halse AndersonDans la même veine : Love letters to the dead - Le monde de Charlie
Anecdote : Je découvre grâce à cette lecture l’auteure Maya Angelou, dont les livres sont censurés dans le lycée de Melinda … (page Wikipedia)
Info : Speak sera adapté en roman graphique en 2016.
Avis aux éditeurs : le dernier roman de l’auteure sorti en janvier est super tentant … Une traduction ? ;-)) (The Impossible Knife of Memory)
(source photo auteur : bonniesbooks.blogspot.fr/)

 

Challenge Rentrée Littéraire 2014 (3/6)
challenge RL 2014

Les avis de : AnneCajouLasardine –  …

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Les 10 livres à lire cet automne

Je suis tombée sur le Top Ten Tuesday de cette semaine (Les 10 livres à lire cet automne) et j’avais justement dans l’idée de me faire un petit planning histoire de ne pas oublier un titre en route. Alors go :

Qu’aimerais-je lire cet automne ?

Top ten tuesday

1. L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, de Haruki Murakami
2. Le jour où la guerre s’arrêta, de Pierre Bordage
3. Le sortilège de Babylone, de Anne Rice
4. Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Ransom Riggs
5. La fille qui ne croyait pas aux miracles, de Wendy Wunder
6. Hunger games, tome 3, de Suzanne Collins
7. Contrecoups, de Nathan Filer
8. Avant d’aller dormir, de Steve Watson
9. Morwenna, de Jo Walton
10. Tant que nous sommes vivants, de Anne-Laure Bondoux

TTT automne 2014 1

TTT automne 2014 2

11. Le passeur, de Lois Lowry
12. Le vase où meurt cette verveine, de Frédérique Martin
13. Feed, de Mira Grant
14. 36 chandelles, de Marie-Sabine Roger
15. 22/11/63, de Stephen King

Sans titre 1

Et vous, qu’allez-vous lire cet automne ?

Retrouvez les participants ici.

 

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