Nous les menteurs

nous les menteurs, Emily Lockhart

Première page :
« Bienvenue dans la splendide famille Sinclair.
Chez nous, il n’y a pas de criminels.
Pas de drogués.
Pas de ratés.
Les Sinclair sont sportifs, beaux, sveltes. Nous sommes une vieille fortune. Nous sourires sont étincelants, nos mentons carrés, nos services de fond de court agressifs.
Qu’importe si les divorces nous lacèrent le cœur au point que notre pouls se débat. Qu’importe si les comptes fiduciaires se réduisent comme peau de chagrins ; si les relevés de cartes de crédits impayés trainent sur la table de la cuisine. Qu’importe si les flacons de cachets s’amassent sur la table de nuit.
Qu’importe si l’un d’entre nous est terriblement, désespérément amoureux.
Amoureux
au point
que des mesures tout aussi désespérées
s’imposent.
Nous sommes les Sinclair.
Chez nous, personne n’est dépendant.
Personne n’a tort.
Nous vivons, du moins l’été, sur une ile privée au large du Massachusetts.
C’est peut-etre tout ce que vous avez besoin de savoir. »

Il a déjà fait beaucoup parler de lui et je ne crois pas avoir croisé de critique négative sur ce roman. Beaucoup de dithyrambes en revanche. Dans la lettre qui accompagnait le roman (reçu dans le cadre Onlitplusfort de Gallimard Jeunesse) Emily Lockart dit qu’il s’adresse à tout le monde, ados et adultes confondus et souhaite qu’on en dise le moins possible pour laisser le plaisir intact aux futurs lecteurs (elle cite d’ailleurs E.M Foster : « l’une des joies de la lecture d’un bon livre, c’est de vivre une succession de petits étonnements »). Il est vrai qu’en dévoiler trop serait dommage puisque tout repose sur la révélation finale, véritable uppercut dans le coeur du lecteur. Alors je vais vous dire qu’il est question d’un drame touchant les Sinclair, famille richissime des Etats-Unis d’Amérique qui passe tous ses étés sur l’île privée familiale. Il y a grand-père, fortuné patriarche, très à cheval sur les conventions familiales : les Sinclair sont beaux, les Sinclair sont riches, les Sinclair sont intelligents font de grandes choses et ne font pas de vagues. Sa femme, Mamie Tipper est une belle femme droite et aimante qui sait rassembler ses troupes autour d’une table. Et puis il y a les tantes, leurs 3 filles, mariées et séparées et pour lesquelles la vie repose sur la fortune familiale.

« Ma mère et ses soeurs dépendaient de grand-père et de sa fortune. Elles avaient eu la meilleure éducation, toutes les opportunités et les contacts dont on pouvait rêver, mais elles étaient incapables de subvenir elles-mêmes à leurs besoins. Aucune d’entre elles n’avait fait quoi que ce soit d’utile dans ce monde. Rien de nécessaire. De courageux. Elles étaient restées comme des petites filles s’efforçant de faire plaisir à leur papa. »

Puis il y a surtout les cousins adolescents. Ils sont quatre. Les menteurs. Ils passent leurs étés depuis leur plus jeune âge sur l’île familiale, faite de grandes maisons, de criques et de jardins immenses.

« Mirren est le sucre, la curiosité et la pluie.
Johnny est la vitalité, la persévérance et le sarcasme.
Gat est la contemplation et l’enthousiasme. L’ambition et le café noir. »

Cadence est l’aînée, c’est elle qui raconte. Mais l’été de ses quinze ans est fait de trous : amnésie. Elle revient sur l’île à 17 ans et tente de retrouver la mémoire.

Un roman où foisonne le drame, l’amour, les liens familiaux et les conventions sociales. De mon côté j’ai beaucoup aimé ces petits chapitres racontés façon conte de fées (« il était une fois un roi qui avait trois filles »…) et la fin bien sûr, véritable choc qui donne un tout autre aspect à  l’histoire.
Dire que ce roman s’adresse aux adultes est un peu exagéré à mon goût. Le style (l’histoire est racontée par Cadence, 17 ans) et les préoccupations adolescentes seront appréciées par la tranche d’âge visée. De mon côté j’avoue que l’ennui a parfois pointé son nez… Mais les réflexions que suggèrent cette histoire (famille, conventions, …) sont assez bien vues pour les adolescents.
Je file voir ce qu’en a pensé Enna, avec qui nous avons planifié une lecture commune.

Nous les menteurs, d’Emily Lockart
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Peronny
Gallimard Jeunesse, 2015, 275 pages
« Toujours montrer un peu plus de gentillesse qu’il n’en faut. »

 

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Publié dans Enfants / Ados, Etats-Unis | Marqué avec , , , | 6 commentaires

La silencieuse

la silencieuse_ariane schréder« Je n’ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu’il faut prononcer, échanger. Les miens restent bloqués à l’intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n’y a plus personne pour les recevoir. »

A 32 ans Clara façonne des sculptures de fer et de papier et se fait quitter par son compagnon, Barnabé, avec qui elle montait des spectacles de marionnettes. Il lui reproche son vide et ses silences.

Esseulée, fuyant la vie parisienne qui lui fait plus de mal qu’autre chose, elle part s’installer dans un village de campagne dans une vieille et grande maison entourée de verdure pour un an peut-être, se dit-elle. Elle a la (mal)chance de pouvoir vivre de rentes d’appartements et peut se consacrer entièrement au silence de ses sculptures.

« Quand j’ai compris qu’il ne reviendrait plus le soir, qu’il n’y avait rien ni personne à attendre au bout des journées de travail, j’ai tenté encore de sortir dans la rue. Mais c’était comme si elle me refoulait. La vie des autres me faisait mal. Leur indifférence était désormais devenue tranchante. Les lumières me brûlaient les yeux. Je marchais en aveugle et on me bousculait. Je suis sortie de moins en moins. Terrée dans mon atelier, avec mes sculptures soudain trop nombreuses, dressées comme autant de reproches. »

Son voisin, Omar, la pharmacienne, Ameline, le promeneur surnommé « l’Adorateur », ou le vétérinaire, dr Aubier sont autant de compagnies bienfaisantes pour la jeune femme que la nature elle-même même si parfois la solitude la rattrape.

« Thierry dit que la voisine fait des enfants pour toucher plus d’allocations familiales. J’ai du mal à le croire. Ici, chacun remplit le vide autour de soi comme il peut. »

« Il y a un vers de Paul Valéry que j’aime :
Chaque atome de silence/ Est la chance d’un fruit mûr !
Je me le répète souvent. Il me semble qu’il autorise mon silence.

Puis Plume débarque dans sa vie. Le chaton est une joie immense pour Clara. Les passages les concernant sont autant de situations vécues avec la mienne…

Il se dégage de ce roman une bienveillance et une sensibilité assez incroyables. Un désespoir aussi, une solitude qui serre le coeur, réaliste… Comment font certains auteurs pour aussi bien dire la vie ?
Une dernière page tournée les yeux brûlants et le coeur plein.
Je recommande, et, puisque comme Clara je ne suis pas très douée avec les mots je vous ai laissé quelques petites citations qui vous donneront peut-être envie d’ouvrir cette petite pépite… ;-p Premier roman publié d’Ariane Schréder, en plus, qui a reçu le prix Folire 2014, René Fallet 2014 et le Grand prix national Lions de littérature 2014.

« Je n’ai pas la prétention d’être une grande artiste. Ni d’être un jour reconnue. Je ne vois pas comment ajouter au monde tel qu’il est, plein comme un oeuf, encore moins comment introduire du nouveau. Je le peuple simplement à ma manière, pour qu’il me soit habitable. »

La silencieuse, d’Ariane Schréder
éditions Philippe Rey (2013), collection Fugues pour le format poche (2015), 190 pages
5 étoiles

A lire : le billet d’Antigone.

 

Schréder-Ariane-1-©DRUne interview de l’auteure sur le blog Les lectures de Martine.
(source photo auteur)

 

 

 

 

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Brooklyn

brooklyn Colm ToibinCela faisait une éternité qu’il était dans ma bibliothèque… J’avais été poussée au crime par des critiques élogieuses sur jenesaisplusquelforum et, naïvement, j’ai cru que c’était un roman noir : la couv’, le titre, même un peu le synopsis m’ont fait pensé à une histoire gluante et angoissante dans un Brooklyn de misère. Et je n’y était pas du tout, mais alors vraiment pas !
Brooklyn raconte l’histoire d’Eilis, jeune femme irlandaise vivant avec sa mère et sa soeur dans l’Irlande des années 50. Mais le travail manque, Eilis vivote d’un emploi de vendeuse dans une épicerie et Rose, la soeur, qui a déjà une bonne situation, a des projets bien plus ambitieux pour sa cadette et s’arrange pour la faire partir à New-York, Brooklyn, dans l’espoir d’un travail de bureau et d’une vie plus confortable.
Voilà donc la jeune femme propulsée dans l’inconnu. Le voyage jusqu’à New-York est une épopée à lui tout seul : à cette époque la traversée en bateau dure plusieurs jours. Traversée mémorable puisque le bateau essuie l’une des plus grosses tempêtes jamais déclarée… A l’époque on ne pouvait pas naviguer entre deux pays aussi facilement que maintenant et Eilis se sentira déchirée en l’Irlande et New-York.
Brooklyn est en fait un portrait – peut-être un peu trop factuel sans assez d’émotions – de l’époque des années 50 entre New-York et l’Irlande. Eilis sera accueillie dans une pension de jeunes filles irlandaises. Elle aidera à la paroisse, deviendra vendeuse dans un grand magasin, où les personnes de couleur noire commencent à faire leur apparition, suivra des cours du soir pour devenir comptable ou rencontrera un homme italien dans un bal irlandais. Les codes de société, le racisme ordinaire, le New-York cosmopolite, portrait d’une époque, parcours d’une jeune femme expatriée qui aura à faire un choix, voilà une lecture bien agréable même si parfois un peu plan-plan dans la description des fifties de New-York.
Je recommande aux nostalgiques, à ceux qui veulent se déconnecter justement du 2015 hyper connecté, ou tout simplement à ceux qui ont soif de se plonger dans les 50’s.

Extraits :

« Au fil de la semaine, les clientes de couleur, se firent de plus en plus nombreuses, et Eilis notait chaque fois le changement d’atmosphère qui s’opérait dans le magasin à leur entrée. Il s’instaurait soudain un silence, une tension – plus personne ne bougeait, semblait-il, tant que ces femmes étaient en mouvement, de peur de se retrouver face à elles…
(…) Il n’arrivait jamais qu’une femme de couleur entre seule dans le magasin. La plupart d’entre elles ne croisaient pas le regard d’Eilis et ne lui adressaient pas directement la parole.
Quand, exceptionnellement, elles s’adressaient à elle, c’étaient avec un ton de politesse si excessive qu’Eilis perdait contenance et devenait maladroite. »

« Eilis protesta :
– En Irlande, sur la plage, personne n’aurait l’idée de vous regarder. Ce serait considéré comme malpoli.
– En Italie, ce serait malpoli de ne pas regarder. »

Brooklyn, de Colm Tóibín (2009)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson
éditions Robert Laffont (2011), 10/18 pour le format poche (331 pages)

 

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colmtoibinColm Tóibín est un romancier et un journaliste né en 1955 à Enniscorthy en Irlande.

(source photo auteur)

 

 

 

 

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Avant-goût de la rentrée littéraire (2015)

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Vous sentez ce petit air de rentrée ? L’automne qui va débarquer avec ses 589 sorties de romans ? De mon côté j’ai hâte parce que l’été me court sur le haricot. Je n’aime pas la chaleur, je n’aime pas l’été lorsque je ne pars pas en vacances alors vivement la rentrée ! Comme chaque année je suis du Challenge 1% Rentrée Littéraire organisé par Herisson08 (un grand merci à toi encore une fois !), il s’agit de lire 6 romans sortis entre mi août et mi octobre en un an. Evidemment je n’ai jamais assez de livres à lire (rires) alors je suis allée faire un petit tour sur les sites de librairies en ligne pour voir un peu ce qui s’annonce et j’en ai sélectionnés quelques-uns, of course. Pas trop le courage de surfer sur chaque site des maisons d’éditions alors il se peut que je croise d’autres titres que j’ajouterais au fur et à mesure dans cet article…
Si vous passez par là, je serais curieuse de lire vos sélections alors n’hésitez pas à les laisser en commentaire. Y’en a t-il un que vous souhaitez lire par dessus-tout ? Dites-moi tout histoire que je ne passe pas à côté de LA pépite 2015.

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De mon côté j’ai repéré :

9782330053604Ah ! ça ira, de Denis Lachaud (prévu le 19 août chez Actes Sud)
Sur le bord du trottoir, dans la fraîcheur de l’aube, il attend. Dans un instant cet homme va agir sans le moindre état d’âme, et se placer en état de guerre.Deux décennies plus tard, Antoine sort de prison. Sa fille Rosa n’a pas trente ans, c’est elle qui, pour une large mesure, l’a maintenu en vie pendant tout ce temps.
Nous sommes en 2037, Paris est une ville où il est impossible de se loger, la faillite sociale est infernale, la rébellion gronde, les inégalités sont innommables mais le temps de la révolte ne passe plus par la violence. Lointaines pour la génération de Rosa, ces idées de libération armée sont en quelque sorte périmées : les actions terroristes, les endoctrinements idéologiques n’ont plus de sens, plus de poids, et la démocratie telle que l’a connue l’histoire du XXe siècle a fait long feu. Une autre époque de l’engagement s’est ouverte, celle du passage à l’acte citoyen.
Ah ! Ça ira… est un livre construit sur le réel mais habité de rêves comme devrait l’être tout projet d’avenir, toute utopie sincère. À cela Denis Lachaud a ajouté une pointe d’humour, un peu de fantaisie nécessaire pour considérer l’État et le monde qu’il nous promet…

 

Certains ont eu la chance de le recevoir en service presse, je pleure des larmes de douleur :( :

9782749139920Amelia, de Kimberly Mc Creight (prévu le 27 août chez Le Cherche midi)
Connaissez-vous vraiment vos enfants ?
À New York, Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. En dépit d’un rythme professionnel soutenu, elle parvient à être à l’écoute de cette adolescente intelligente et responsable, ouverte et bien dans sa peau. Très proches, elles n’ont pas de secrets l’une pour l’autre. C’est en tout cas ce que croit Kate, jusqu’à ce matin d’octobre où elle reçoit un appel de l’école. On lui demande de venir de toute urgence. Lorsqu’elle arrive, Kate se retrouve face à une cohorte d’ambulances et de voitures de police. Elle ne reverra plus jamais sa fille. Amelia a sauté du toit de l’établissement.
Désespoir et incompréhension. Pourquoi une jeune fille en apparence si épanouie a-t-elle décidé de mettre fin à ses jours ? Rongée par le chagrin et la culpabilité, Kate tente d’accepter l’inacceptable… Mais un jour, elle reçoit un SMS anonyme qui remet tout en question : « Amelia n’a pas sauté. »
Obsédée par cette révélation, Kate s’immisce alors dans la vie privée de sa fille et réalise bientôt qu’elle ne la connaissait pas si bien qu’elle le pensait. À travers les SMS, les mails d’Amelia, les réseaux sociaux, elle va tenter de reconstruire la vie de son enfant afin de comprendre qui elle était vraiment et ce qui l’a poussée à monter sur le toit ce jour-là. La réalité qui l’attend sera beaucoup plus sombre que tout ce qu’elle avait pu imaginer.
Une vision singulière du malaise de l’adolescence. Des personnages inoubliables. Un sens du suspense unique. Une critique dithyrambique. Ce premier roman de Kimberly McCreight est un chef-d’oeuvre. Nicole Kidman en a acquis les droits d’adaptation cinématographique pour un film produit par HBO.
Couv Les pêchersLes pêchers, de Claire Castillon (prévu le 3 septembre aux éditions de l’Olivier)
Tamara est prisonnière. De son mari, Claude, qui veut faire d’elle une épouse idéale. De son amour perdu, à qui elle ne peut s’empêcher de rêver. La liberté lui fait peur, la captivité lui pèse. Elle ne peut ni rester ni partir. Il lui faudra pourtant choisir entre cette conjugalité qui l’étouffe et le besoin éperdu de vivre sa vie. Aimée, elle, semble parfaitement adaptée au monde tel qu’il va. Mais son personnage de material girl cache une vraie fragilité. Ex-femme de Claude, elle juge les hommes avec tendresse et sévérité. Qu’attend-elle de l’amour ? Tout, sauf l’angoisse d’être trop (ou pas assez) aimée. Et puis il y a sa fille, Esther, dont elle s’occupe avec le mélange d’affection et d’égoïsme qui la caractérise. Esther… Une adolescente d’aujourd’hui. Espionne, poète, raisonneuse, innocente, amoureuse. Son regard implacable radiographie les adultes, si touchants dans leur refus d’être lucides. Et si c’était elle, la véritable héroïne de cette histoire ? Elle en serait, sans le moindre doute, la parfaite victime expiatoire. Rageuse, mélancolique, toujours surprenante, la plume de Claire Castillon fait mouche dans ce nouvel épisode de la guerre des sexes qu’elle ne cesse d’explorer, de livre en livre.
lesnuitsdelaitueplat1-l-572119Les nuits de laitue, de Vanessa Barbara (prévu le 20 août, éditions Zulma)
Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie.
Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu’on lui cache quelque chose…
Tissé de trouvailles cocasses et volontiers délirantes, ce roman plein de finesse et d’énergie nous emporte allègrement, avec sa petite bande de joyeux doux dingues, tout en se jouant des codes du roman policier.
9782260021339La petite femelle, de Philippe Jaenada (prévu le 20 août aux éditions Julliard)
Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n’a jamais voulu écouter ce qu’elle avait à dire, elle que les soubresauts de l’Histoire ont pourtant broyée sans pitié.
Telle une enquête policière, La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d’un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l’équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.
mary.inddMary, d’Emily Barnett ( prévu en août aux éditions Rivages)
De l’enfance sauvage aux atermoiements amoureux d’une femme dans le New York d’après-guerre, Mary sonde les thèmes de l’adultère, de la maternité et de la filiation. Un premier roman à la forme soignée et maîtrisée qui emprunte à la Rebecca de Daphné du Maurier et aux romans de Laura Kasischke.

 

 

 

 

 

9782882503848-4af1cQuand le diable sortit de la salle de bains, de Sophie Divry (prévu le 20 août chez Noir sur Blanc)
Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont charitablement l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.
Après la mélancolie de La condition pavillonaire, Sophie Divry revient avec un roman improvisé, interruptif, rigolo, digressif, foutraque, intelligent, émouvant, qui, sur fond de gravité, en dit long sur notre époque.

 

 

 

9782709648523-001-XD’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan (prévu le 26 août chez JC Lattès)
« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

 

 

 

 

 

 

9782330053116Otages intimes, de Jeanne Benameur (prévu en août chez Actes Sud)
Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimestrace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

 

là où tombe la pluie catherine chanterLà où tombe la pluie, de Catherine Chanter (chez Les Escales le 20 août)
Quelques années auparavant, Ruth et son mari Mark quittent Londres pour fuir leurs souvenirs et reconstruire leur vie. Ils emménagent à La Source, la maison de leur rêve. Tandis que le monde fait face à une sécheresse hors du commun, leur propriété est mystérieusement épargnée. Le couple s’attire la jalousie de ses voisins agriculteurs, la curiosité du gouvernement mais aussi le fanatisme d’une secte, La Rose de Jéricho, dirigée par une femme étrange, Amelia.
Ses membres s’insinuent dans la vie de Ruth et Mark, de leur fille, Angie, et de leur petit-fils, Lucien. L’emprise d’Amelia sur Ruth grandit de jour en jour, au grand désarroi de son mari. Les relations s’enveniment entre les habitants de La Source, la tension monte et atteint son point culminant avec un crime odieux. Le meurtrier se cache parmi ses plus proches confidents, Ruth en est sûre.
Seule dans cette enclave, elle se décide à affronter ses plus grandes peurs pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit-là à La Source.

 

 

Et du côté jeunesse :

51v9cW-FKoL._SX339_BO1,204,203,200_Vite, trop vite, de Phoebe Gloeckner (prévu le 27 août chez La Belle Colère)
« Je ne me souviens pas de ma naissance mais je sais que j’étais un bébé très laid. Comme ça ne s’est pas beaucoup amélioré depuis, j’imagine que c’était un coup de chance qu’il soit attiré par ma jeunesse. »
Ainsi commence l’émouvant journal de Minnie Goetze, une adolescente de quinze ans tiraillée par ses angoisses existentielles, son égocentrisme et ses pulsions autodestructrices, qui court après la reconnaissance et se précipite tête baissée dans la sexualité.
Minnie déteste l’école, rêve de devenir artiste, spéléologue ou barmaid. Alors qu’elle est trop timide et complexée pour adresser la parole aux garçons de son âge, elle couche avec le copain trentenaire de sa mère alcoolique et essaie de trouver son chemin, sans guide, sans défense et sans la moindre trace de peur.
Cette histoire à l’honnêteté crue et bouleversante se déroule dans le San Francisco licencieux des années 1970, mais la quête d’émancipation et d’épanouissement de Minnie est aussi universelle. La satire du monde qui s’y déploie est féroce et sans complaisance, parce que même si Minnie décrit la société des adultes comme un club aux règles tordues, c’est un club dont elle entend bien faire partie.
Artiste contemporaine, illustratrice médicale de formation, auteur de bandes dessinées, Phoebe Gloeckner dissèque avec une puissance hors norme les émotions de son héroïne en combinant toutes sortes d’éléments (prose, dessins, bande dessinée) qui se chevauchent, se répondent et créent un récit incandescent et inoubliable.
l'infini un Amy Harmon collection RL’infini + Un, de Amy Harmon (prévu le 17 septembre chez la Collection R)Bonnie Rae Shelby est une star à la renommée internationale. Alors que tout lui réussit, elle a décidé de mettre fin à ses jours. Elle croise la route de Finn Clyde, qui lui a tout d’un raté en apparence, mais est doté d’une intelligence fine, d’un cynisme à tout épreuve et d’une bonne dose d’opportunisme.

 

 

 

 

Voilà voilà…. J’attends vos suggestions et vous donne rendez-vous chez Herisson !

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Les trois lumières, Claire Keegan

les trois lumières claire keeganemoticon_coeurLes romans les plus courts sont parfois les meilleurs. 88 pages. Campagne irlandaise. Comment vous dire qu’un peu à la façon d’ Une enfance australienne de Sonya Hartnett ce tout petit bouquin transporte une sensibilité et une humanité particulièrement bluffantes.
Un roman qu’on apprécie encore plus dans son ensemble, une fois la dernière page tournée.
Il est question d’une enfant confiée à un couple pour les vacances, il est question de destin, de famille… Je n’ai pas vraiment envie d’en dévoiler davantage mais j’invite chacun de vous qui passez par là à vous jeter sur ce petit bijou.
Un roman qui a résonné d’une façon assez personnelle et, cerise sur le gâteau, c’est très bien écrit.

Les trois lumières, de Claire Keegan (2010)
traduit de l’anglais (irlande) par Jacqueline Odin
Sabine Wespieser éditeur 2011), éditions 10/18 pour le format poche
Quatrième de couv’…
Dans la campagne irlandaise, une fillette est confiée pour quelque temps à un couple sans enfants. Livrée à elle-même, l’enfant pénètre jour après jour un monde étranger, ou elle découvre l’innocence et la tendresse de l’été. Peu à peu, des liens se tissent, chacun apprivoise l’autre et les ombres secrètes de sa lumière. Pourtant, certains détails intriguent la fillette…
« Quelle force dans ce petit roman… CesTrois Lumières nous éclairent. »
Sylvie Dupuch, Elle

 

Claire-KeeganClaire Keegan est née en 1968 en Irlande, ou elle vit. Saluée comme une des voix importantes de la jeune génération des écrivains irlandais, elle est publiée dans de nombreux pays et a remporté plusieurs prix importants. Après L’Antarctique et Les Trois lumières, elle signe son deuxième recueil de nouvelles, À travers les champs bleus. (source photosource biographie)

Une lecture réalisée lors du week-end à 1000
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Publié dans Contemporain, Irlande | Marqué avec , , , | 8 commentaires

Le cultissime Maître des illusions de Donna Tartt …

le maître des illusions Donna TarttVous ai-je déjà parlé de mon petit côté maso ?
En voilà un que je souhaitais lire depuis longtemps, c’est chose faite non sans quelques longues pauses qui ont failli ne pas me le faire terminer. J’ai finalement profité du week-end à 1000 pour avaler les longues pages de la seconde moitié des 706 pages qui le composent.
La première moitié m’a paru relativement facile à lire, intrigante. On est là dans un campus américain dans les 90’s en compagnie de Richard qui débarque de sa campagne en s’inventant une vie de bonne famille pour faire bonne figure. Hors de question de révéler d’où il vient, ses parents n’ont guère d’argent, sa vie passée n’est guère flamboyante… Lui qui rêvait de quitter son foyer va pouvoir enfin faire quelque chose de sa vie.
Il va rencontrer un cercle de jeunes gens à l’apparence très érudite. Si j’osais la comparaison je parlerais de Bella qui rencontre les Cullen pour la première fois (on a les références qu’on a.). Richard entrera dans le cercle bien sûr et se transformera telle Bella à coups de whisky et de soirées à cuver et à philosopher.
Le problème avec Donna Tartt dont j’avais aimé Le Chardonneret sont les détails et les nombreuses digressions qui alourdissent ô combien son roman… On fait du sur-place et c’est beaucoup moins bien passé ici. Le cultissime Maître des illusions ne m’a absolument pas foudroyé comme je m’y attendais. Entre Cercle des Poètes Disparus et tribu Cullen, j’ai eu bien du mal à terminer malgré la fin qui m’a plu, dans cette chambre d’hôtel où se joue le tragique mais ce passage ne fait que 3 pages comparé au reste vraiment trop long, vraiment trop ennuyant.
Désolée, Donna.

Le maître des illusions, de Donna Tartt (1992)
traduit de l’américain par Pierre Alien
éditions Plon, éditions Pocket.
2.5 sur 5
Maintenant si vous avez envie de vous lancer quand même et que vous avez besoin d’encouragements allez donc lire Yuko et Sophie !
Quatrième de couv’…
Fuyant sa Californie natale, bourse en poche, Richard doit son entrée à l’université de Hampden, dans le Vermont, à son opportunisme bien plus qu’à son talent. Prêt à tout pour arriver haut, et vite, le voilà introduit dans la classe du professeur Julian, vouée à l’étude des Anciens, grecs et latins. Bastion de savoir et de snobisme, la petite communauté vit en vase clos, avec deux mots d’ordre : discipline et secret.
Très vite, Richard devine sous le vernis des apparences une tache indélébile, du rouge le plus sombre. Tout ici n’est que vice, secret, trahison, manipulation…
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Inscrite pour le week-end à 1000 (31/07 au 02/08)

Pour me booster à terminer mes lectures en cours je me suis inscrite au Week-end à 1000 (toutes les infos ici). Le but : un week-end de lecture pour éventuellement 1000 pages lues. Je dis -éventuellement- car je doute atteindre ce score mais si cela peut me booster un tant soit peu alors j’en suis.

week-end à 1000 juillet 2015

Allez, rejoignez-moi dans ce challenge !
Une page facebook pour l’occasion.

Bon et beau week-end à tous !

 

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