Big Brother, Lionel Shriver

Pas de demi-mesure chez Lionel Shriver…

Big Brother Lionel ShriverDe Lionel Shriver je connaissais surtout le célèbre « Il faut qu’on parle de Kevin » …. que je n’ai pas lu. J’ai bien essayé il y a déjà bien des années mais le thème ô combien dérangeant et le nombre de pages m’ont fait l’abandonner sans toutefois l’oublier. Puis un peu par hasard je suis tombée sur l’adaptation ciné avec Tilda Swinton et Ezra Miller : choc. J’ai tellement été secouée et oserais-je dire charmée que je me suis promis de retenter de lire du Shriver. Belfond a exaucé mes voeux en publiant le dernier né pour cette rentrée dont le thème m’interpelle.
big-brother-lionel-shriver-060313-margL’auteure aborde une nouvelle fois un sujet difficile et brûlant d’actualité : l’obésité et le rapport à la nourriture.
Pandora, la quarantaine entamée, n’a pas vu son grand frère -un musicien de jazz accompli- depuis quatre ans et c’est le choc lorsqu’elle le retrouve à l’aéroport : il a grossi de pas moins de 100 kilos. L’homme qui faisait craquer toutes ses copines adolescentes et pour lequel elle vouait une admiration sans bornes a le visage bouffi et le pas lent. On se retourne et on chuchote sur son passage. Elle surprend même une conversation entre deux voyageurs qui trouvent inadmissible qu’il n’ait pas payé deux sièges. Elle va apprendre qu’Edison, en plus de son poids, est ruiné, qu’il ne joue plus dans les lieux branchés des jazzmens et se voit contrainte de l’héberger pour qu’il puisse se relancer.
Son mari complique encore plus la situation : Fletcher est un aficionados de la vie saine. L’antonyme d’Edison. Riz complet, blanc de poulet et des kilomètres de vélo. Au bout de deux mois il lance un ultimatum : Edison retourne d’où il vient ou c’est la séparation.
La suite m’a fait pousser des ho et des ha d’indignation. La méthode de Pandora pour aider son frère à maigrir m’a tout bonnement paru invraisemblable – et hyper dangereuse. Elle qui semble pourtant intelligente et rationnelle se lance dans une aventure plus bête qu’audacieuse. Et c’est seulement dans les vingt dernières pages que tout prend sens.
Dire si j’ai aimé ou pas Big Brother est un exercice compliqué. J’ai pris plaisir à suivre la vie de cette famille, j’ai aimé ses personnages complexes, jamais lisses, donc tout à fait crédibles, le rapport aux liens du sang, à l’engagement marital, à la fratrie, mais la forme qui fait que l’on comprend les enjeux à la toute fin et que finalement la majorité du roman ressemble à une fable ne m’a pas séduite. En revanche la réflexion sur le rapport à la nourriture et à la silhouette dans nos sociétés occidentales est pour le coup une réussite. Et ce même si la conclusion reste sombre, dérangeante, et laisse un goût acide qu’on aimerait faire passer avec une douceur sucrée et un peu plus d’optimisme…
Big BrotherOn apprend dans l’interview ci dessous que Lionel Shriver a perdu son frère des conséquences d’obésité morbide en 2009. A la lumière de cette révélation son roman se pare d’un petit goût d’autobiographie thérapeutique et on comprend la vision ultra sombre et très tranchée de sa réflexion que je ne partage pas tout à fait. Lionel Shriver ne fait pas dans le demi-mesure, c’est certain. Et c’est peut être ce qui gâche un peu son propos.

Entre les pages :
« Des regards de côté à la masse inexplicable sur le siège passager suffisaient à rompre le charme. Dès lors, il semblait soudain malvenu de la part d’Edison de railler tous ceux qui, dans leur vie d’adulte, ne s’étaient pas révélés à la hauteur des promesses de leur enfance. Car la peine vertigineuse qui m’avait saisie à l’aéroport en apercevant ce monsieur corpulent n’avait fait que s’intensifier, et je n’avais pas la moindre idée de la façon dont j’allais réussir à tenir la soirée sans m’effondrer. »

« Le poids est un élément important, ne serait-ce que parce que chacune des trois corpulences, [...], renvoie à une myriade de traits de caractère, à un ensemble de qualités que, sans autres informations, nous leur imputons. Notez bien que ce jeu n’autorise pas la neutralité. Alors que dans certains pays comme l’Australie la participation aux élections relève d’une obligation légale, le poids que l’on pèse est un vote qui ne souffre pas l’abstention. Nous sommes des êtres en trois dimensions, et il faut bien que nous pesions quelque chose. [...]
Pour finir, ceux qui sont bel et bien gros. Leur réputation de jovialité a, je crois, fait long feu. La détresse semble plus appropriée. La mélancolie, peut-être. L’impuissance. La complaisance et l’aveuglement. La posture défensive. La résignation face au présent et la fatalisme face à l’avenir. La haine de soi et les reproches à soi-même. La timidité. L’apitoiement sur soi, même légitime ; un complexe de persécution, mais s’agit-il vraiment d’un complexe dès lors que la persécution est authentique ? Un sens de l’humour tourné vers l’autodévalorisation. L’humilité. La gentillesse, pour s’être retrouvé trop souvent à l’extrémité tranchante de la méchanceté. Une chaleur enveloppante. De la générosité. De par leur fragilité bien trop évidente, une acceptation joyeuse de vos points faibles. L’aspiration à ce qu’on leur fiche la paix, et une tendance casanière. De la douceur. Une absence de méchanceté. De l’indolence. De la franchise. De la grivoiserie. Une nature pragmatique et une absence de prétention.
Certes, il s’agit de stéréotypes, et les exceptions parmi les personnes réelles, toutes corpulences confondues, sont légion.
Par ailleurs, comme toutes les autres femmes, j’ai subi un lavage de cerveau qui m’a poussée à adhérer au calibrage prescrit de la séduction. Néanmoins, à lire la liste des traits de personnalité que nous attribuons d’instinct aux très maigres et aux très gros, je préférerais être grosse. »

« Je n’étais pas la seule à être touchée par cette hystérie. La même frénésie régnait partout sur internet : réquisitoires contre le sucre, astuces consistant à manger dans de petites assiettes ou à boire des litres et des litres d’eau, reportages sur des célébrités prétendant faire « quatre-vingts repas par jour », tableaux répertoriant l’index glycémique des panais et des pommes de terre. Elle s’exprimait par l’augmentation des demandes de cecueils XXL, par la fabrication de montagnes russes aux poutrelles renforcées, d’ascenseurs conçus pour supporter deux fois leur charge. Elle se traduisait par les ventes accrues de vêtements pour « formes généreuses », par le retour du corset. Elle se voyait dans le marché des extenseurs de ceinture de sécurité des sièges d’avion, des lunettes de toilette « Big John », des tabourets pour douche supportant des charges de trois cent soixante kilos, des « LuvSeats » pour faire l’amour, adaptés au couples corpulents. Elle se manifestait dans l’essor des sites web comme BigPeopleDating.com mais aussi dans le prestige des jeans taille 0 et dans le nombre d’élèves qui, dans la classe de Cody, avaient été hospitalisées pour avoir refusé de manger ou de s’être fait vomir. Comment ne pas s’interroger sur l’intérêt d’un microprocesseur, d’un télescope spatial ou d’un accélérateur de particules quand nous avions perdu la plus animale de toutes les maîtrises ? A quoi bon découvrir le boson de Higgs ou se pencher sur l’économie des voitures à hydrogène ? Nous ne savions plus comment manger. »

« Quoiqu’il en soit, embrasser avec satisfaction une existence simple et discrète nécessite bien plus de maturité spirituelle que la poursuite insatiable de la célébrité. »

« Je suis désolée de citer Fletcher, mais il a raison : la volonté est un muscle. Et nous allons devoir nous exercer à toucher nos orteils mentaux… »

« Le plus dérangeant, c’est que Tanner avait raison. Ce pays comptait aujourd’hui un sous-prolétariat massif – massif dans tous les sens du terme. »

« Ce midi, pourtant, le silence était fait de menace et d’atermoiement. Sa texture était molle, comme mon pudding à la rose raté. »

« Sans être un prodige du piano, elle faisait preuve d’une sensibilité précoce qui soit signerait sa singularité, soit la condamnerait pour le reste de sa vie. »

« A proprement parler, ce fascisme nutritionnel avait rendu mon mari plus séduisant »

« Je veux qu’il comprenne que la vie ne nous est pas uniquement donnée, mais qu’on se doit aussi de la façonner. Mais aujourd’hui, à l’école, on dit aux enfants qu’ils sont des petits anges, qu’ils sont merveilleux du simple fait qu’ils sont en vie, et ils le croient. Et ils vont dans le monde et s’attendent à ce que tout un chacun s’incline devant eux. C’est dangereux, Pandora. Cette façon de penser qu’ils sont la huitième merveille du monde, ça les rend stupides et ça fait d’eux des proies. »

Big Brother, de Lionel Shriver (2013)
traduit de l’américain par Laurence Richard
Belfond, août 2014, 448 pages
3 étoiles

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Je crois qu’on ne présente plus Lionel Shriver. Big Brother part d’une situation plutôt tragique : Pandora, qui n’a pas vu son frère depuis quatre ans, le retrouve avec des dizaines et des dizaines de kilos en plus. Une réflexion sur l’obésité.
Un nouveau Bordage !! Un jour la guerre s’arrêta…. Le titre m’intrigue énormément.
Sauf quand on les aime de Frédérique Martin est lu, un roman âpre et sensible.
Je ne pouvais pas passer à côté de L’incolore Tsukuru Tazaki. Je l’ai commencé mais il faut d’abord que j’en termine un autre avant de le terminer (oui je suis terriblement compliquée).
Les attaques de la boulangerie est un titre dont j’ai surtout lu des avis mitigés. Envie de me faire ma propre opinion.
J’ai dégoté un nouveau Lodge : Pensées secrètes. Je les collectionne mais en lit peu et pourtant j’adore. Il va falloir s’y mettre…
Heureuse d’avoir trouvé Jusqu’ici et pas au delà d’occas’ (le résumé ici). Etat neuf. Je me demande quand même qui sont ces gens qui vendent à la pelle des nouveautés tout juste sorties sur les sites d’occasion. J’ai du mal à croire que ce sont des services presse, d’ailleurs celui-là était en plusieurs exemplaires chez le même vendeur. Cependant je ne vais pas m’en plaindre, mon porte-monnaie est ravi.
Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille d’Elise Tielrooy me tentait depuis des mois. L’histoire se déroule dans un centre de thalasso il me semble, ça a l’air chouette…
Chocolates for Breakfast de Pamela Moore est un petit achat impulsif. Publié en 1956, il est présenté comme le Bonjour Tristesse américain.
Sable est le dernier Wolfgang Herrndorf dont j’ai beaucoup aimé Good Bye Berlin et son ton décalé. Sauf que cette fois c’est destiné aux adultes. Tout ce que je sais de ce roman est qu’il part d’un meurtre de quatre hippies près d’une ville maghrebine, s’en découle une enquête… Il fait 512 pages et il pèse bien lourd… Certainement un petit concours à venir car je l’ai reçu en double ;)
L’été où papa est devenu gai, de Lund Eriksen : Entre préjugés et sensibilité, un résumé à lire ici.
La guerre des singes, de Richard de Kurti : je suis assez perplexe face à ce roman  car les personnages principaux sont des…. singes. Roman d’aventure à l’air loufoque dont on peut lire le résumé ici.
Justice pour Louie Sam d’Elizabeth Stewart est inspiré d’une histoire vraie de la fin du XIXème, nord des Etats Unis, ville de colons : un jeune indien est trop vite accusé de meurtre…
J’ai adoré Les Carnets de recettes bonnes à croquer, une collection très chouette. Les éditions Thierry Magnier m’ont également envoyé de petits albums jeunesse dont un en particulier retient mon attention : Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon. C’est une réédition, la première datant des années 70 me semble t-il. Mais la question du genre étant plus que jamais d’actu, cette publication tombe à point nommé… « Mais allez donc vous défaire d’une ombre qui n’est même pas la vôtre ! »
J’ai enfin craqué impulsivement sur les deux premiers tomes de The Walking Dead en comics. Cela faisait tellement longtemps que je tournais autour.
Mailman de J. Robert Lennon me tentait terriblement. Je cite : « Publié à l’aube du vingt et unième siècle, Mailman, road movie existentiel et méchamment drôle, marque la naissance d’une nouvelle révélation de la littérature américaine. [...] Si Mailman est bien une comédie noire, c’est aussi l’ambitieuse tentative de dépeindre la destinée d’un homme à la recherche de la paix dans un pays «pétri de violence et de tristesse partagée». C’est comique et tragique à la fois. C’est dérangeant, c’est touchant. C’est la chronique survoltée d’un combat perdu d’avance. »
Endgame de James Frey, the nouvelle bombe ado à la sauce Hunger Games. Je suis curieuse, j’avoue.
Réseaux, tome 2, de Vincent Villeminot. Les avis sur le premier tome étaient assez tièdes. Moi je ne sais pas, pas encore lu.
La fille qui ne croyait pas aux miracles de Wendy Wunder : je l’ai commencé et j’aime bien le ton et le perso principal… Histoire d’une ado atteinte d’un cancer.
Contrecoups de Nathan Filer est enfin arrivé chez moi après bien des péripéties.
Always Blue, 3ème opus de Never Sky dont j’ai vraiment apprécié le premier tome.

Bon ce n’est pas que je m’ennuie mais j’ai du pain sur la planche…
Bonne fin de semaine et belles lectures à tous !!

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~ Carnets de recettes bonnes à croquer ~

livres recettes thierry magnier 1

Les éditions Thierry Magnier ont lu dans mes pensées car je lorgnais déjà il y a quelques mois sur leurs Carnets de recettes bonnes à croquer sur leur site web. Joie lorsque j’ai réceptionné un gros colis et y ai trouvé deux de ces titres : Cocottes made in France et Plats tout droit venus d’ailleurs. J’ai déjà testé (vous connaissez mon goût pour la table) le porc au caramel, rapide, simple, délicieux, peu couteux. J’en rajoute ou pas besoin ? ;-)
porc caramel 3Ce sont de petits carnets au design rétro peu encombrants et facilement manipulables en cuisine qui peuvent aussi se glisser dans un sac de demoiselle… ou de gentleman.
Présentés comme des carnets à destination des adolescents ET des adultes, on y trouve pas mal de basiques dont on n’a pas forcément toujours les recettes à domicile. Bien joli de vouloir cuisiner une daube de boeuf sans en connaître les étapes. Dans ces cas-là généralement je perds une demi heure sur Google à éplucher les blogs et autres sites culinaires pour trouver la recette qui colle au plus près de la traditionnelle… Là j’ai tout sous la main en une seule page car le texte ne s’encombre pas de détails inutiles. Les recettes vont à l’essentiel et cette concision fait qu’elles sont assimilables immédiatement. Manque tout de même le nombre de personnes pour lesquelles les recettes sont prévues mais après 3 minutes de feuilletage j’en ai déduit que c’était pour 4 personnes à chaque fois. Notons aussi les infos utiles et variantes en bas de pages qui s’avèrent bien sympas.

Cocottes made in France regroupe des plats tels que boeuf bourguignon, navarin d’agneau, petit salé, osso bucco, gigot de 7h, canard à l’orange, pot au feu … Plats tout droit venus d’ailleurs regroupe des plats tels que accras de morue, colombo de poulet, feuilles de brick, poulet tikka massala, bobun, couscous, … 20 recettes par titre au prix de 9,90€.

Bref, je suis séduite ! et Clarabel aussi ;-)

conversion poids et mesuresRougail saucisses1

Hey, et en plus on peut même s’en servir de carnet d’art-thérapie en coloriant les illustrations… :p Que demande le peuple ?! ;))

Dans la même collection : Espèces de tartes ; Gâteaux fastoches ; Confitures et chutneys à plein pot ; Biscuits à mettre en boîte.

Carnets de recettes bonnes à croquer Thierry Magnier

Carnets de recettes bonnes à croquer, de Seymourina Cruse & Carole Chaix
éditions Thierry Magnier, 9.90€ par carnet.
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Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger

Bon rétablissement Marie Sabine Roger« J’expérimente la vie à l’hôpital. On m’en avait parlé, je constate par moi-même. »

C’est en allant au ciné fin août qu’est passée la bande-annonce de l’adaptation de Bon Rétablissement. *TILT* conversation de moi à moi : « – Ooh mais je connais ! Ah mais ouiiii je VEUX le lire depuis des années ! Oooh il sort au ciné ! Ah mais il FAUT que je le lise AVANT ! » Et c’est ainsi que les enchaînements s’enchaînassent : Partie deux petites semaines sur la côte bretonne (et j’ai eu un soleil de oufti, je ne vous dis que ça, ne me jalousez pas, ce n’est pas le but…. enfin juste un peu.) j’ai eu tout le loisir de lire ces petites 208 pages d’humour et de tendresse. Alors bien sûr, ça ne mange pas de pain, ce n’est pas de la grande littérature dans le sens majestueux et alambiqué du terme mais c’est justement cette simplicité qui colle bien à la réalité qui fait la richesse de ce roman. Jean-Pierre est un retraité bourru veuf et sans enfants qui traîne son cynisme comme d’autres font l’amour (quoi, elle est pas belle la comparaison ?). Un jour il se réveille à l’hôpital très mal en point et apprend qu’il a été repêché dans la Seine (est-ce bien la Seine, je me pose une colle), tuyaux partout, douleurs quotidiennes. Pendant 3 mois il va donc vivre au gré d’un service hospitalier, ses médecins, aides-soignantes, patients, portes ouvertes, tiroirs qui claquent et souvenirs à ressasser. C’est simple, tendre, drôle, plein de vérités, et même si ce n’est pas parfait ça fait tellement de bien… ! Alors du coup, sans en écrire une tonne je n’ai qu’un conseil à vous donner : si vous avez besoin d’une petite lecture chouette et tendre, lisez-le, vraiment ;) (et venez m’en dire des nouvelles !)

Moment coup de coeur ♥ :
« Et en dessous, la légende : Justin et son papi Jean Piere.
Elle n’a mis qu’un seul r à Pierre. »

Entre les pages :

 » – Mais au final, vous aimez votre boulot ou pas ?
- Je l’aime les jours où je le fais bien et quand j’ai l’impression qu’il sert à quelque chose… Il se tait, perdu dans ses pensées profondes ou le brouillard du sommeil en retard.
On change de sujet, j’aime autant.
Maxime est vraiment un type sympathique et je sais bien que les flics, on les déteste par principe mais qu’on est soulagés qu’ils soient là, si besoin. Pourtant, je me méfie quand même, pour raisons génétiques. On n’est pas élevés par un père militant de gauche sans éprouver une certaine réserve devant les forces de l’ordre. »

« Putain. Le chat.
Ca me revient d’un coup.
Ce foutu gros chat gris aux oreilles dentelées qui s’est installé chez moi, avec sa panoplie de ronrons, de coups de tête sous mon menton et de piétinements obstinés sur mon ventre. Je l’ai récupéré il y a peut-être deux mois, au bas de mon immeuble, maigre comme un clou. Je ne sais pas pourquoi je l’ai laissé me suivre dans l’escalier, celui-là. Peut-être sa façon de me dire Mrrrmaouwww ? Aussitôt dans l’appartement, il s’est jeté sur mes sardines en boîte avec un bel entrain, et puis il a fini mon haricot au mouton, les haricots compris, ce que j’ai trouvé bizarre. Il a fait le tour du propriétaire, d’un air très circonspect. Enfin, il a choisi ma place sur le canapé et il s’est mis à poufigner sur place, tête baissée et regard concentré.
Ca m’a fait réfléchir, je me suis dit que je n’allais pas m’encombrer d’un animal – non, non – j’avais vécu sans ça jusqu’à soixante-sept ans, pas la peine de changer les bonnes habitudes. Je n’avais qu’à le mettre dehors. J’ai joint le geste à l’intention, j’ai ouvert ma porte, et hop !
Le rougnous ne l’entendait pas de cette oreille, il m’a joué la sérénade pendant deux heures, sur le paillasson, d’une voix puissante de tigre. Je suis allé le remettre dans la rue. Il a patienté jusqu’à ce qu’un voisin ouvre la porte de l’immeuble, et il est remonté aussitôt devant chez moi.
Il m’a refait son cinéma. J’ai cédé.
Je l’ai gardé, je l’ai appelé la Guenille. Je nous ai trouvé un air de ressemblance, son côté mal léché, râleur, jamais content. »

« – Je serai ravi de faire sa connaissance ! Il s’appelle comment, Pompon ? pépette ? Mistigri ? - La Guenille. - Ah oui, pas mal ! Moi j’ai appelé mon chien la Crevure. Bon je vous laisse, j’ai du boulot. »

bon retablissement film« La morveuse tapote ses mémoires, des deux index, sur Facebook. C’est sa drogue.
Je me suis ouvert un compte pour voir ce qu’il en est. Il faut être encore jeune ou crever de solitude ou d’ennui pour accepter autant d’amis dont la plupart viennent d’on ne sait où, dont on s’était passé avant d’ouvrir son compte et en compagnie desquels on ne tiendrait même pas dix minutes avant d’être lassés, en temps normal. »

« Mais on ne vit pas sur des non-dits. Les questions jamais abordées et les mots jamais dits jonchent le sol comme des débris de verre. Après quelques années, le moindre pas fait mal. »

« Dix heures du matin, la chieuse est de retour.
C’est devenu une plaie récurrente : tous les jours, elle se pointe à la porte à heures variables et se dandine jusqu’à ma chaise, de son pas de caneton obèse. Une fois effondrée – car elle ne s’assied pas, elle se laisse tomber – elle mâchouille son chewing-gum, la bouche grand ouverte, ce qui me laisse profiter de l’image et du son. Je me montre aussi froid et distant que possible avec elle, et je pense pas me vanter en disant que mon possible, dans ce domaine, n’est pas très loin de l’infini.
Elle n’en a cure la plaie d’Egypte.

Pire, je crois qu’elle m’aime bien. »

« Tiens, ça me revient d’un coup, on m’appelait Pierrot, dans ma famille. Et même, vu mon appétit, j’avais droit à « Pierrot Gourmand ». Je me suis coltiné un prénom de sucette jusqu’à ce que je quitte la maison. Les adultes sont d’une finesse rare, parfois, avec les mômes. »

[en parlant du neurologue] « Mais c’est un déprimé de la vie, cet homme, ça se sent. Il soupire tous les trois mots, laisse flotter des silences au milieu de ses phrases. J’ai toujours peur qu’il ne pique du nez avant de poser le point final. Peut-être que fréquenter tous les jours des fêlés de la cafetière, ça finit, à la longue, par ébrécher l’émail. Il n’a plus l’air très étanche, en tous cas. »

« Je résiste à l’envie de lui mettre une claque, ça nuirait aux négociations. »

« Ici on n’a pas une fracture ou une maladie, on est fracture ou maladie.  Moi, je suis le «bassin de la chambre 28» Je n’ose imaginer l’humiliation quotidienne, si j’étais hospitalisé pour une orchite ou des hémorroïdes. »

D’autres en parlent aussi : AifelleBrizeKeisha – …

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger
éditions Le Rouergue, coll La Brune
208 pages, mars 2012
4,5 étoiles sur 5

Présentation de l’éditeur : « Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con ! » « Veuf, sans enfants ni chien », Jean-Pierre est un vieil ours bourru et solitaire, à la retraite depuis sept ans. Suite à un accident bien étrange, le voilà immobilisé pendant des semaines à l’hôpital. Il ne pouvait pas imaginer pire. Et pourtant, depuis son lit, il va faire des rencontres inattendues qui bousculeront son égoïsme… Avec sa verve habituelle et son humanisme, Marie-Sabine Roger nous offre une nouvelle fois une galerie de portraits hauts en couleur. C’est un tableau doux-amer qu’elle peint de l’hôpital, avec l’humour et le sens de la formule qui la caractérisent, et qui ont fait le succès de ses deux précédents romans, La tête en friche et Vivement l’avenir. »

Bon rétablissement

Marie-Sabine-RogerNée à Bordeaux en 1957, elle commença à écrire à partir de sa 4ème. Marie-Sabine Roger a été institutrice en maternelle pendant dix ans, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Son talent est aussi appréciable dans la littérature jeunesse (albums, romans) où elle a publié une centaine de livres, souvent primés que dans la littérature adulte. Elle rencontre régulièrement enfants, adolescents et adultes dans les primaires, collèges, bibliothèques et IUFM. Elle maîtrise aussi bien l’humour que la gravité et aime confronter les genres et les registres. Elle obtient le Prix Inter-CE 2009 et le Prix CEZAM 2009 pour « La tête en friche » (éditions du Rouergue). Son roman « Bon rétablissement », prix des lecteurs de l’Express 2012, a été adapté au cinéma en 2013 par Jean Becker. (source biographie + photo auteur : babelio.com)

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Sauf quand on les aime, Frédérique Martin

Sauf quand on les aime Frédérique MartinQuatrième de couv’…
Ils sont jeunes, et alors ? Quand la jeunesse ne va plus de soi, que l’âge adulte n’est pas donné, la voie est étroite pour quatre copains qui se veulent du bien…
Claire, Juliette et Kader ont un peu plus de vingt ans, et la vie les a déjà malmenés. Dans un contexte peu accueillant, ils se sont adoptés et ont fabriqué ensemble une nouvelle famille. L’arrivée de l’indomptable Tisha et les tourments enflammés de monsieur Bréhel vont tout bousculer. De Toulouse à Tunis, pris entre amour et amitié, ils se frôlent et se heurtent, mais tentent à tout prix de préserver leur tendresse et leur solidarité.
Jusqu’au jour où la violence leur impose la mesure du réel.
Sauf quand on les aime ébauche le portrait d’une jeunesse silencieuse qui peine à se mettre au monde. Une jeunesse meurtrie en quête de liberté et d’avenir, confrontée au défi d’aimer.

Sauf quand on les aime, de Frédérique Martin
Belfond, août 2014, 222 pages
3.5 étoiles sur 5

Les premières lignes sont crues, on se les prend en pleine face :
« -Tu n’es qu’une pute, espèce de macaque, une salope descendue de l’arbre. Et moi je suis le messager de Dieu. File-moi ton 06, file le moi ! »
Et mon coeur était déjà au bord des lèvres lorsque la femme blonde, passagère du train et spectatrice de l’agression, entame un dialogue avec l’agresseur :
 » – Vous comprenez que vous lui faites peur ? Qu’elle est seule devant vous ? 
- Non mais c’est elle qu’a commencé. j’me suis assis pour causer, c’est tout. j’voulais son numéro et comment elle a gueulé, là..
- Vous êtes grand. Et puis vous parlez fort, vous vous énervez. Vous êtes impressionnant, vous vous en rendez compte ?
La femme a un regard direct. Quelque chose le touche, qu’il ne sait pas nommer, qu’il ne reconnaît pas – sa bienveillance. La vague de fureur reflue en lui, recule, s’évanouit. »

Sauf quand on les aime est âpre, cru et assez sombre. La peur domine. L’histoire se déroule à Toulouse autour de quatre jeunes colocataires. Tisha est la dernière arrivée, grande black sanguine qui n’a pas la langue dans sa poche -un peu agaçante, d’ailleurs-. Elle s’installe avec Claire, jeune fille un peu effacée et délicate jouant du violoncelle, Juliette, déjà orpheline qui bosse dans une maison de retraite et Kader intérimaire sur des chantiers par nécessité.
Toute la réalité sociale nous pète au visage. Précarité de ces jeunes qui aimeraient pourtant se construire un autre présent. Violence du quotidien, peu de perspectives d’avenir. Et ça fait mal, ça lacère le coeur et ça étouffe. J’ai souffert en parcourant ces pages en même temps que les personnages. Même le voisin, monsieur Bréhel, s’étrangle dans sa solitude… Et puis il y a l’amour. Pas aussi simple qu’on le voudrait. Kader aime Juliette mais Juliette aime Ethan, beau personnage insaisissable, électron libre avide d’indépendance et de sérénité.
Le roman est divisé en 3 parties, 3 étapes pour nos colocataires. Et si je trouve qu’on s’embourbe dans un marasme trop sombre et citadin pendant les deux premières, j’ai enfin pu respirer – un peu – à la troisième. La plus belle et la plus réussie, à mon sens. Avec des descriptions de la Tunisie et des sensations qui permettent de relâcher le souffle.
Ce qui est sûr c’est que les mots sont justes, même s’ils font mal, que le rythme est soutenu et la langue moderne, citadine, frappe dans toute son honnêteté.
Un titre dur mais non dénué d’espoir, qui saura être apprécié de tous mais qui, je pense, touchera surtout les jeunes qui sauront s’y reconnaître.

Extraits :
« Il ira chercher ailleurs un espace dépeuplé, coupé de tout bruit autre que celui de la croissance des racines dans leur obstination à posséder les sols. Seules l’indifférence implacable des roches, la massivité de l’eau, la pesanteur féroce de la terre, ou encore cette obstination sans état d’âme que la plus insignifiante des herbes engage pour durer, lui éviteront de devenir fou à son tour. Il le sait. »

« Devant monsieur Bréhel, une femme relève ses cheveux, les noue prestement sur sa nuque dans une abondance de mèches désordonnées. Le geste est gracieux, d’une indicible beauté naturelle qui le trouble jusqu’aux larmes. Le parfum d’un gigot saturé d’ail et de thym réveille son appétit, son ventre se met à gronder. Monsieur Bréhel s’arrête, pose son panier à ses pieds, s’adosse au mur de l’immeuble, le visage offert au soleil, les yeux clos. Il pourrait pleurer, là, tout de suite, tellement on est heureux parfois, sans raison, comme on prend un coup. »

« Le chat progresse avec précaution dans l’herbe détrempée. Un pas et il suspend sa patte, s’immobilise à la recherche de l’endroit le plus sec où le poser. Son port de tête arrogant donne l’impression qu’il méprise son environnement. Mais il est trahi par le frémissement de ses larges oreilles offusquées par les gouttes. Il finit par s’asseoir, insensible au sol qui trempe son pelage gris, sa queue épaisse et ses coussinets. Il entreprend une toilette minutieuse sous les grondements de l’orage, s’aidant de la pluie pour humecter son poil encore fourni malgré l’avancée du printemps. Juliette se demande si le chat s’inquiète de la grisaille, s’il craint de ne jamais revoir le soleil, ou s’il prend les choses comme elles viennent, entières et pleines à chaque instant. »

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challenge RL 2014

Je file lire ce que ma complice de lecture, Sophie, en a pensé. :-)
Ils en parlent aussi : MaeveLeiloonaStephieTitouMargueriteA bride abattue – …
MERCI Dialogues !!
1er titre dans mon challenge Rentrée littéraire 2014.

frédérique martinFrédérique Martin vit près de Toulouse. Prix Prométhée de la nouvelle pour L’Écharde du silence (Le Rocher, 2004), elle a également publié, entre autres livres, un roman pour la jeunesse, un recueil de poésie et, chez Belfond, Le vase où meurt cette verveine(2012).
(source photo auteur : babelio)
Site de l’auteur : http://www.frederiquemartin.fr/

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Good Bye Berlin, de Wolfgang Herrndorf

Good bye Berlin Wolfgang HerrndorfQuatrième de couv’…
C’est parce que Maik et Tschick sont les seuls à ne pas être invités à l’anniversaire de Tatiana, qu’ils décident de partir en voiture vers Valachie, plein sud. Le soleil donnera la direction. S’il pleut ? Ils verront bien. Tschick, l’immigré russe, au volant, Maik, le fils de bonne famille, à ses côtés. Ils ont quatorze ans. C’est parti pour un road trip ! Les deux garçons vont plonger dans des situations cocasses, croiser des personnagesextravagants.se perdre dans des paysages irréels. Leur bonne humeur indéfectible transforme le voyage en une odyssée joyeuse et burlesque.
Ce livre nerveux, qui joue des déchirements de la jeunesse, est animé par un profond esprit de tendresse et d’optimisme. Un livre heureux, qui rend heureux.

Good Bye Berlin, de Wolfgang Herrndorf (Tschick, 2010)
traduit de l’allemand par I. Enderlein
éditions Thierry Magnier (2012) 329 pages
(à partir de 13 ans je dirais)
4,5 étoiles sur 5

Quel bon roman ! Que de sourires, de rires, de justesse et de tendresse. Des ptites étoiles plein le coeur en cette rentrée morose…
L’histoire est racontée par Maik, 14 ans, transparent au collège et amoureux de Tatiana, la fille canon de sa classe. Ce n’est pas un collégien vraiment malheureux malgré son père dont l’entreprise fait faillite et sa mère dépendante à l’alcool. Il est lambda, plutôt discret, un peu loser…

« J’ai jamais eu de surnom. A l’école, je veux dire. Mais sinon non plus. Mon nom est Maik Klingenberg. Maik. Pas Maiki, pas Klinge ou une autre ineptie du genre, toujours juste Maik. Sauf en sixième, où on m’a brièvement appelé Psycho. C’est pas le pied intersidéral, qu’on vous appelle Psycho. Mais de toute façon, ça a pas duré longtemps, et après j’étais de nouveau Maik. »

Un jour arrive dans sa classe un dénommé Tschick.

« Au départ, Tschick, je pouvais pas le saquer. Personne pouvait le saquer. C’était un cas social, même physiquement. (…) C’est peut-être pas important de dire ce que j’ai pensé de Tschick la première fois que je l’ai vu, mais je veux quand même le faire. En l’occurence, j’ai eu une impression super négative de ce type qui venait de débarquer avec Wagenbach. Deux gros cons sur un plateau, je me suis dit. Alors qu’en fait je le connaissais même pas. Je pouvais pas savoir si c’était un gros con ou pas. Il s’est avéré qu’il était russe. Il était de taille moyenne, portait une chemise blanche toute sale à laquelle il manquait un bouton, un jean à dix euros de chez Pantashop et des chaussures brunes informes qui avaient une tronche de rats morts. »

Puis un peu par hasard et parce qu’ils sont quasiment les seuls à ne pas être invités à l’anniversaire de Tatiana, ils lient amitié le dernier jour de classe avant les vacances scolaires. Tschick, beaucoup plus débrouillard, va finir par entraîner Maik dans un road trip impromptu et déjanté…

« Dix minutes plus tard, on chargeait la Lada à fond. De notre garage, on a accès direct à la maison. On a transbahuté tous les trucs qui nous paraissaient utiles d’une manière ou d’une autre. D’abord du pain, des biscottes, et de la confiture, puis des boîtes de conserve, au cas où. (…) On a foutu le bazar grave. Tout à la fin, on a eu l’idée d’emporter un bac d’eau, et ça, ça s’est avérée la meilleure de nos idées. Ou plutôt la seule bonne idée. Parce que tout le reste, c’était de la pure débilité mentale. Des raquettes de badminton, un énorme tas de mangas, quatre paires de chaussures, la boîte à outils de mon père, six pizzas surgelés. Le truc qu’on a pas emporté, en tout cas, c’était nos portables. »

Vous voyez le topo. Les deux garçons vont croiser des Aristos à vélos, une ado qui a l’air de vivre dans une décharge, une famille bizarre mais sympa, une orthophoniste généreuse ou encore un retraité qui vit encore en 1940. On flirte là entre le réel et le burlesque, les situations deviennent abracadabrantes et la fin est carrément poussée (d’ailleurs ce petit roman se prêterait bien à une adaptation au cinéma). Cependant même si une petite longueur s’est faite sentir vers la moitié, c’est frais, c’est tendre, émouvant, drôle (les descriptions des profs sont des passages mémorables !!) et le message de simplicité délivré ne peut que faire le plus grand bien… On en reprendrait volontiers quelques pages pour en apprendre plus sur Tschick (qui donne son nom au titre VO) et retrouver Isa et Maik.

JE CONSEILLE !

« Pas la peine d’espérer qu’il en reste là. Y’a des profs qui se contentent de déchirer les petits mots, qui les foutent à la poubelle, ou les mettent dans leur poche. Et puis il y a Wagenbach. Et Wagenbach, c’est le plus grand trou du cul du monde. C’est le seul prof du bahut à confisquer les portables et à faire la lecture de toute la mémoire SMS. On peut ramper ou chialer à quatre pattes, Wagenbach lit tout. Il a déplié le billet d’un geste solennel. j’espérais un miracle, genre qu’un météorite tombe du ciel et désintègre le cul de Wagenbach. Ou du moins que la cloche sonne, ça aurait suffit. Mais évidemment la cloche n’a pas sonné, et évidemment aucun météorite n’est tombé du ciel. Wagenbach a laissé son regard glisser sur l’assistance et a pris posture. je crois qu’il aurait voulu être acteur ou chansonnier. Sa carrière s’est arrêtée à trou du cul. »

herrndorf_01Attristée d’apprendre que l’auteur est décédé l’année dernière au mois d’août :-(
Wolfgang Herrndorf (1965-2013) a fait des études de peinture et a notamment dessiné pour le mensuel satirique Titanic. Suite à sa parution en 2010, Tschick a fait l’objet de critiques extrêmement favorables dans les plus prestigieux journaux d’Allemagne. Véritable phénomène littéraire en Allemagne, ce roman a été publié en France sous le titre Goodbye Berlin. Le pendant nihiliste de ce roman, Sable, est paru en septembre 2014 dans la collection littérature adulte des Éditions Thierry Magnier. Une œuvre majeure, à lire absolument ! (source Thierry Magnier – source photo auteur)

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Les jolies sirènes de la rentrée littéraire (2014)

 

J’aurais aimé ne pas entendre les jolies sirènes de la rentrée littéraire, j’ai une Pile à Lire déjà très conséquente chez moi (!), mais pour ça il aurait fallu que je coupe internet depuis au moins un mois et que je m’enferme à double tour dans la cave d’un moine au Tibet (au moins). C’est juste impossible de ne pas aller cliquer sur les belles nouveautés clignotantes-fluo ou ne serait-ce que de passer devant le rayon librairie à Auchan en allant acheter des courgettes. Bref, je capitule et je dresse la liste de mes tentations histoire de les avoir sous le coude et à mon tour vous donner envie (gnark).

 

9782714456878

L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (Haruki Murakami, Belfond)

Impossible de passer à côté du nouveau Murakami qui me tente énormément. Et quand en plus la page Facebook Murakami France allèche le lecteur avec des interviews et des extraits c’est irrésistible. Reste que ce roman a l’air bien sombre et que j’ai peur. (c’est malin).

Présentation éditeur :
« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L’un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur.
Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu’ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n’en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n’aurait pas encore compris qu’il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l’intrigue mais elle le sent hors d’atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n’est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.
Après la trilogie 1Q84, une oeuvre nostalgique et grave qui fait écho aux premiers titres du maître, La Ballade de l’impossible notamment. »

Peine perdue olivier adamPeine perdue (Olivier Adam, Flammarion)

Je n’ai jamais réussi à me lancer dans un livre d’Olivier Adam, c’est étrange parce que pourtant  je tourne autour de cet auteur depuis bien longtemps. Le pitch de ce nouveau titre est irrésistible, un roman choral avec 22 personnages dans une seule station balnéaire en hiver. Ca me tente, ça me tente. Mais ça a l’air très sombre également. J’ai croisé une critique négative sur Babelio mais ça ne me freine pas encore.

Présentation éditeur :
« Les touristes ont déserté les lieux, la ville est calme, les plages à l’abandon. Pourtant, en quelques jours, deux événements vont secouer cette station balnéaire de la Côte d’Azur: la sauvage agression d’Antoine, jeune homme instable et gloire locale du football amateur, qu’on a laissé pour mort devant l’hôpital, et une tempête inattendue qui ravage le littoral, provoquant une étrange série de noyades et de disparitions. Familles des victimes, personnel hospitalier, retraités en villégiature, barmaids, saisonniers, petits mafieux, ils sont vingt-deux personnages à se succéder dans une ronde étourdissante. Vingt-deux hommes et femmes aux prises avec leur propre histoire, emportés par les drames qui agitent la côte.Avec Peine perdue, Olivier Adam signe un livre d’une densité romanesque inédite, aux allures de roman noir, et dresse le portrait d’une communauté désemparée, reflet d’un pays en crise. »

Sauf quand on les aime frédérique martinSauf quand on les aime (Frédérique Martin, Belfond)

Bon ça je balance c’est principalement la faute de Leiloona et maintenant de Stephie… (attachez-leur les mains pour ne plus qu’elles écrivent sur leur blog. S’il vous plait.)

Présentation éditeur :
« Ils sont jeunes, et alors ? Quand la jeunesse ne va plus de soi, que l’âge adulte n’est pas donné, la voie est étroite pour quatre copains qui se veulent du bien…
Claire, Juliette et Kader ont un peu plus de vingt ans, et la vie les a déjà malmenés. Dans un contexte peu accueillant, ils se sont adoptés et ont fabriqué ensemble une nouvelle famille. L’arrivée de l’indomptable Tisha et les tourments enflammés de monsieur Bréhel vont tout bousculer. De Toulouse à Tunis, pris entre amour et amitié, ils se frôlent et se heurtent, mais tentent à tout prix de préserver leur tendresse et leur solidarité.
Jusqu’au jour où la violence leur impose la mesure du réel.
Sauf quand on les aime ébauche le portrait d’une jeunesse silencieuse qui peine à se mettre au monde. Une jeunesse meurtrie en quête de liberté et d’avenir, confrontée au défi d’aimer. »

le jour où la guerre s'arrêta pierre bordageLe jour où la guerre s’arrêta (Pierre Bordage, Au Diable Vauvert)

C’est méga tentant. Je n’ai lu qu’un Pierre Bordage (Porteurs d’âmes) que j’avais beaucoup aimé et j’ai très envie d’y revenir avec ce nouveau titre dans lequel j’imagine trouver un peu de chaleur.

Présentation éditeur :
« Un enfant étonnamment mûr et plein d’empathie pour l’humanité, mais ignorant de notre monde, comme un nouveau petit Prince perdu dans notre présent, visite la Terre et partout, d’un endroit à l’autre, s’étonne et souffre de ne voir que conflits, cruautés, tueries, viols, lapidations, malheurs. Et partout pour les bourreaux comme les victimes, la violence détruit l’humanité. L’enfant propose alors aux hommes de faire taire les armes, et leur accorde une trêve… »

Big Brother Lionel ShriverBig Brother (Lionel Shriver, Belfond)

J’ai peur du roman coup de poing mais ça me tente terriblement.

Présentation éditeur :
« Après, entre autres, Il faut qu’on parle de Kevin, la nouvelle bombe de Lionel Shriver. Toute sa verve sarcastique, sa profondeur d’analyse, son esprit de provocation dans un roman choc partiellement autobiographique sur un sujet brûlant d’actualité : notre rapport névrotique à la nourriture, et son corollaire, l’obésité alarmante dans nos sociétés occidentales.
Femme d’affaires en pleine réussite, mariée à Fletcher, un artiste ébéniste, belle-mère de deux ados, Pandora n’a pas vu son frère Edison depuis quatre ans quand elle accepte de l’héberger.
À son arrivée à l’aéroport, c’est le choc : Pandora avait quitté un jeune prodige du jazz, séduisant et hâbleur, elle découvre un homme obèse, contraint de se déplacer en fauteuil, négligé, capricieux et compulsif. Que s’est-il passé ? Comment Edison a-t-il pu se laisser aller à ce point ? Pandora a-t-elle une part de responsabilité ?
Entre le très psychorigide Fletcher et le très jouisseur Edison, la tension ne tarde pas à monter et c’est Pandora qui va en faire les frais. Jusqu’à se retrouver face au pire des dilemmes : choisir entre son époux et son frère.
Qui aura sa préférence ? Pourra-t-elle sortir son frère de la spirale dans laquelle il s’est enfermé ? Edison le veut-il seulement ? Peut-on sauver malgré eux ceux qu’on aime ? »

Contrecoups nathan filerContrecoups (Nathan Filer, Michel Lafon)

C’est le seul livre de la rentrée littéraire que je vais recevoir de la part de l’éditeur et l’un des premiers titres repérés dans le catalogue Michel Lafon pour cette rentrée. Un thème inhabituel, trop peu traité et trop utilisé à tort et à travers. J’ai vraiment vraiment hâte et je me réserve sa lecture sans aucune lecture de critiques.

Présentation éditeur :
« Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Par la mort de son grand frère, dix ans auparavant. Par la culpabilité. Par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps…
Matthew a 19 ans et il souffre de schizophrénie, une maladie qui « ressemble à un serpent ». Pour comprendre son passé et s’en libérer, Matthew dessine, écrit. Il raconte l’enfance étouffée par la perte, la douleur silencieuse de ses parents ; l’adolescence ingrate brouillée par les nuages de marijuana ; la lente descente dans la folie, l’internement… Mais aussi, avec un humour mordant, le quotidien parfois absurde et toujours répétitif de l’hôpital psychiatrique, les soignants débordés, l’ennui abyssal… Et le combat sans cesse renouvelé pour apprivoiser la maladie, et trouver enfin sa place dans le monde.
Bouleversant, tourmenté, souvent drôle, Contrecoups est un roman tendre et courageux, porté par une voix absolument unique. »

joachim meyerhoff jusqu'ici et pas au delàJusqu’ici et pas au delà (Joachim Meyerhoff, Anne Carrière)

Ce midi j’ouvre mon facebook histoire de digérer ma salade tomates féta oignons et lire tranquillement les nouvelles quand BIM ! Je tombe là-dessus. Vaincue par ko.

Présentation éditeur :
« Benjamin de trois frères, Joachim doit lutter pour retenir l’attention de ses parents. Il voue un véritable culte à son père, un homme obèse et obsessionnel, lecteur compulsif, bienveillant, mais totalement accaparé par son métier. La famille habite une maison située dans la grande propriété qui accueille les divers bâtiments de la clinique, entourés d’un parc.
Dans cette chronique drôle, subtile et émouvante, Meyerhoff évoque un certain nombre d’épisodes marquants de son enfance : sa découverte d’un cadavre dans les jardins ouvriers de sa petite ville ; ses rapports avec les jeunes patients de son père ; ses relations difficiles avec ses deux aînés ; ses accès de rage ; les lubies de son père… En soi, des moments presque ordinaires, si l’on excepte le fait de grandir au milieu de pensionnaires internés en psychiatrie… C’est là que l’autre aspect du texte se révèle : c’est un semblant de comédie pris dans l’étau du tragique. Et Meyerhoff en serre rigoureusement les vis.
La profondeur du texte, l’acuité et la finesse des descriptions, la tendresse sans complaisance qui se manifeste dans le récit, l’humour incroyable qui se dégage de certains passages et qui tient en grande partie à l’absence d’effets spectaculaires… tout concourt à ce que ce roman se retrouve baigné d’un parfum d’étrangeté, sans que jamais il y ait un effort visible pour aller dans ce sens. C’est l’art du récit, dans sa simplicité, qui instaure ce décalage, cette distanciation, cet « étonnement » fondamental. En même temps, cette distance n’induit pas de condescendance, bien au contraire : elle dit les choses, mais avec amour. »

Voilà. Maintenant le plus dur c’est de se dire qu’on n’a absolument pas le budget pour acheter tout ça. Mais bon ne nous plaignons pas et vive la bibliothèque !
Et puis voilà au moins de quoi réussir le challenge Rentrée Littéraire chez Herisson, je suis rassurée.
A mon grand désespoir, cette liste est amenée à s’étoffer au fil des jours…. Et puis si vous voulez me partager vos envies, n’hésitez pas à utiliser les commentaires.
Tchuss.

 

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