Little Brother – Cory Doctorow


Présentation de l’éditeur
:

Fan de nouvelles technologies et de jeux vidéo en réseau, Marcus, 17 ans, mène une vie sans histoires… même s’il défie parfois les caméras de surveillance du lycée ou pirate quelques sites Internet. Jusqu’au jour où il est pris dans les mailles d’un service anti-terroriste, emprisonné et torturé. Marcus décide alors de combattre les abus du pouvoir en utilisant ses talents informatiques. Un acte de résistance, qui se transformera en un vaste mouvement de rébellion…

Little Brother de Cory Doctorow
Traduit de l’anglais (Canada) par Guillaume Fournier
Publié aux States en 2008
Pocket Jeunesse, janvier 2012
Collection Grands Formats
442 pages
Version numérique (epub) : 321 pages

Le roman qui te rend encore plus parano que tu ne l’étais

C’est chez Gromovar que je l’ai vu : « le meilleur roman SF Jeunesse qu’il a lu ». Au regard de son billet et de la 4ème de couverture, mon côté geek (non, nous ne nous étalerons pas sur la définition puriste du terme) n’a pas su y résister et c’est la version numérique qui a atterri dans mon panier. Notons au passage que l’auteur lui-même a d’abord publié ce roman sur la Toile de façon totalement gratuite avant qu’il paraisse en librairie (à télécharger ici en VO). C’est là qu’on se dit que pauvres français que nous sommes qui ne maîtrisons pas la langue de Shakespeare, on n’a vraiment pas de bol puisqu’on nous propose une version numérique verrouillée avec des DRM pour 15€ non dénuée de quelques fautes de ponctuation…

Un roman on ne peut plus actuel depuis Hadopi et plus récemment depuis la fermeture de Megaupolad mais aussi et surtout depuis la montée en force des politiques ultra-sécuritaires. C’est l’histoire de la lutte de Marcus et son groupe de jeunes hackers qui tentent de résister face à la paranoïa grandissante qu’instaure le pays depuis qu’un attentat terroriste a mis en branle la ville de San Francisco. On pense bien sûr à l’après 11 septembre, mais on pense aussi -avec frayeur- à la société d’aujourd’hui qui nous trace, nous fiche, nous classe, dès qu’elle le peut. On pense au Pass Navigo des transports parisiens, on pense aussi au « fichier des gens honnêtes » qui a été adopté par l’Assemblée Nationale ce 1er février 2012 ou encore au dépistage de la délinquance dès l’école maternelle. Et là on commence à se sentir mal, à étouffer un peu.

« Quand j’ai sorti ma carte de crédit pour payer, le Turc a fait la grimace.
- Plus de carte de crédit.
- Hein ? Et pourquoi ?
[...]
- A cause du gouvernement. Il va tout surveiller. C’est dans tous les journaux. Le Congrès a voté le Patriot Act II hier. Maintenant, chaque fois que tu te serviras de ta carte de crédit, le gouvernement le saura. Je dis non. Pas question qu’on se serve de ma boutique pour espionner mes clients.
J’en suis resté bouche bée.
- Tu te dis peut-être que ce n’est pas très grave. Après tout, quelle importance que le gouvernement sache que tu bois du café ? L’ennui, c’est que ça lui permet de savoir où tu es et ce que tu fais. Pourquoi crois-tu que j’ai quitté la Turquie ? Ce n’est jamais bon d’avoir un gouvernement qui espionne sa population. Je suis venu ici il y a vingt ans pour être libre, ce n’est pas moi qui aidera à limiter cette liberté.
- Vous allez perdre une grosse part de votre clientèle, ai-je bredouillé alors que j’aurais voulu lui dire qu’il était un héros et lui serrer la main. »

Dans Little Brother, il y a des références à la Constitution des Etats-Unis, aux mouvements sociaux de 1968, à la Déclaration d’Indépendance, mais aussi aux jeux de rôle, grandeur nature ou en ligne (j’aurais adoré connaître Harajuku Fun Madness). Et puis il y a San Francisco, tellement bien décrite qu’on s’y croirait presque.
Et puis surtout, il y a la culture geek dans ce qu’elle a de plus technique et c’est là que le bât blesse car j’ai eu bien du mal à suivre les explications théoriques de l’auteur qui, passionné de bidouilles informatiques, se livre à de longues pages sur la crypto, le hacking, l’inférence bayésienne, le paradoxe du faux positif, les réseaux parallèles, j’en passe et des meilleures. Certes, j’ai été ravie de m’informer plus avant sur le sujet, mais au bout d’un moment, je ne pouvais m’empêcher de soupirer au début d’une nouvelle démonstration car déjà, je n’ai clairement pas tout saisi, et c’est surtout l’intrigue qui en pâtit !

Mais heureusement il y a Marcus, vivant, et déterminé par dessus tout à conserver sa liberté. On le suit avec ferveur dans ses démarches, on sourit, on tremble et on prie pour qu’enfin il gagne la partie. On a même droit à une petite romance de geeks vraiment sympa. C’est un roman vibrant, intéressant et totalement dans l’air du temps mais non dénué de quelques défauts : d’abord, il y a toutes les parties un peu trop techniques dont je viens de parler, et puis une insistance un peu trop prononcée, je trouve, à l’acte de piratage informatique. Mais on pardonne volontiers ces maladresses, parce que ce roman est bien plus que ça, on réflexionne beaucoup, on psychote pas mal sur les libertés bafouées, la montée insidieuse de la politique ultra-sécuritaire, sur le devenir de la société et puis on s’instruit aussi et c’est déjà beaucoup !

Souvenir de lecture :
l’endroit de la conférence de presse : j’ai adoré !

Une déception ?
Marcus, hacker malin, curieux et intelligent ne découvre que maintenant que les terroristes sont là pour semer la terreur ? Marcus, sur ce coup-là, tu me déçois.

J’ai aimé :
- Que l’auteur pousse les citoyens aux urnes !!!
- La lévitation du Pentagone et les Père Noël… la référence aux Yippies

Une citation parmi tant d’autres :
« Si le président en est capable, je suis sûre que tu peux le faire toi aussi. Déjà qu’on se demande comment il arrive à nouer ses lacets tout seul… » (le roman a été écrit en 2006 et publié en 2008 aux USA)

Le saviez-vous ?
Le Parti Pirate a obtenu un siège au Parlement européen pour l’un de ses membres suédois (en 2009). Et surtout, en 2011, il a obtenu près de 9% des voix aux élections régionales allemandes et bénificiera de 15 sièges au parlement de Berlin ! (Note de l’éditeur)

Note après lecture :
Penser à lire les célèbres Sur la Route de Jack Kerouac et 1984 d’Orwell cités tous les deux dans le roman.

Une envie ?
Une envie inquiétante de mettre un grain de raisin congelé au micro-ondes pour voir ce que ça fait…  (mais il paraît qu’il vaut mieux éviter !!)

Herisson a aimé aussi !

L’auteur (recopié de l’ouvrage avec mes mimines) :

Cory Doctorow est un auteur de science-fiction canadien. Parallèlement à sa carrière d’écrivain, il s’occupe d’un blog et rédige des chroniques pour de nombreux journaux (The Guardian, The New York Times), magazines (Publishers Weekly) et sites Internet. Il a également contribué à l’Electronic Frontier Foundation, une organisation qui défend les libertés individuelles des internautes. Il est d’ailleurs apparu quatre années de suite dans le classement Forbes des célébrités du Web.
Ses romans, traduits dans une vingtaine de langues, sont d’abord publiés sur le Net avant de paraître en librairie. C’est le buzz généré par cette mise en ligne qui perpétue le succès de Cory Doctorow. Mais sa fille, Poesy Emmeline Fibonacci Nautilus Taylor Doctorow, est une merveille de la nature qui, à ses yeux, surpasse tous les progrès de la technologie.

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40 Commentaires

  1. C’est ma prochaine lecture et tu me donnes envie de me plonger rapidement dedans, ce sera pour cette après midi certainement =D

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    • Melo

       /  5 février 2012

      Yes, bonne lecture ! As-tu lu le bémol que j’émets sur les explications sur le piratage, etc ? Mieux vaut être prévenu avant de l’entamer, au risque de ressortir déçu(e) de cette lecture ;-)

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  2. J’ai complètement plongé dans ce monde… et je n’en suis sortie qu’à moitié car j’ai cherché certains détails techniques depuis… :D Mon côté Geek à moi aussi!

    J’ai téléchargé la version anglaise pour ma soeur… mais je vais sans doute la lire dans quelques temps pour voir surtout comment le traducteur français s’est débrouillé de certains termes qui m’ont interrogé (mais j’ai lu la version non corrigée, donc peut être tout cela a t’il été réglé…)

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    • Melo

       /  5 février 2012

      Chance de pouvoir lire l’anglais ! Moi je l’ai acheté avec ses DRM à 15€, je ne regrette pas mais quand même quoi… quand on sait que la version originale est en téléchargement libre.
      Sinon, je n’ai pas cherché plus dans les détails techniques, c’est déjà très fourni à mon goût, par contre j’ai fouiné dans les articles Wikipédia sur la Constitution, les Yippies (^.^), Le Parti Pirate, toussa ;-)
      Notons aussi qu’il y a 2 postfaces intéressantes ainsi qu’une bibliographie bien fournie, à la fin du livre !

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  3. Un roman que j’ai également beaucoup aimé, même si comme toi je regrette les passages un peu trop technique où disons-le clairement, je n’ai rien compris ! Mais à part ça, quelle claque !

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    • Melo

       /  5 février 2012

      Au moins, c’est rassurant de voir que je ne suis pas la seule à le penser ! Certains détails sont vraiment poussés, pas sûre que le lecteur novice en informatique (et si si, il y en a, même des jeunes !) y comprenne quelque chose.

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  4. Eh bien, malgré les bémols, tu me donnes bien envie. C’est vrai que c’est très actuel comme sujet.

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    • Melo

       /  5 février 2012

      Oui, c’est même un sujet brûlant et préoccupant quand on voit tous les systèmes de traçabilité et de surveillance auxquels nous sommes exposés. Sans parler du terrorisme et de la paranoïa ambiante. Je pense que je vais me pencher sur les autres bouquins de Cory Doctorow.

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  5. Et un de plus! Très jolie chronique j’adore toutes tes nouvelles parties. Et merci pour le lien j’ai téléchargé la version anglaise (pas sûr que je la lirai mais c’est pour me donner bonne conscience en me disant que je fais des efforts avec l’anglais).
    Bon je ne te cache pas que le côté geek me fait peur car je suis vraiment nulle dans tout ça!

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    • Melo

       /  7 février 2012

      Ouhla, j’ai peur qu’en anglais il soit un peu hard à lire pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude justement à cause de toutes les explications geek. Mais si c’est juste pour te donner bonne conscience, c’est parfait :-D
      Tiens j’y pense, je pourrais le télécharger mon aussi puisque je l’ai déjà lu in french. Mais je suis découragée d’avance vu mon pauvre niveau. Il faudrait que j’essaie juste pour voir et pour constater combien je suis mauvaise in english !

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  6. Je viens de me télécharger la version VO. J’ai pas de liseuse et n’aime pas lire à l’écran, mais parfois j’en fais l’effort. On verra bien si l’histoire m’accroche assez pour que je n’abandonne pas face à l’inconfort.
    En tous cas, tu as éveillé ma curiosité.

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    • Melo

       /  7 février 2012

      Ha oui, sur l’écran du PC ça ne doit vraiment pas être confortable :/
      Pas intéressée par l’achat d’un reader ?

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      • Pas du tout. Cela ne me tentait pas au départ pour tout un tas de raisons, et après avoir testé celui d’une amie à la fac, cela me tente encore moins.
        Mais avec la préparation de mon mémoire, j’ai fini par prendre l’habitude de lire à l’écran, donc quand un texte me fait vraiment envie / n’est pas trop long / pas dispoible sous un autre format, je lis aussi comme ça pour le loisir.

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        • Melo

           /  12 février 2012

          Là, le roman fait 400 pages alors le lire sur un écran ne doit pas être super confortable :/ A moins d’être bien installé douillettement dans son lit… oui, ça peut peut-être le faire…

  7. Un chouette billet ! Moi qui n’aime pas la SF, je suis presque tentée. Je le note toujours dans ma LAL.

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    • Melo

       /  7 février 2012

      Merci Argali, j’en suis touchée. C’est de la SF mais qui flirte vraiment avec la réalité. Le seul point noir, ce sont les explications geek. Pas sûre que tout le monde adhère.

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  8. hummmm ! mais tu me donnes envie de le lire ce livre ! c’est malin !!! tu trouves que j’en ai pas assez ?!?!……. :(

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    • Melo

       /  7 février 2012

      C’est un service que je te rends de te faire découvrir ce roman alors pouet :-D

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      • elle me fait pouet pouet, je lui fait pouet pouet………. ^^

        Répondre
        • Melo

           /  7 février 2012

          Tu l’as cherché…………………. :
          « Pouet-pouet » de Bourvil. Dans les bagnoles aujourd’hui C’est la femme qui conduit L’monsieur roule des yeux d’veau Pendant qu’elle pilote son auto. Il a l’air très embêté Assis à ses côtés Et quand elle serre les freins Il serre autre chose sans entrain Il lui faut du courage Lorsqu’elle prend ses virages Quand moi, j’en vois Une belle au coin d’un bois Qui fonce sur moi vivement Je n’me fâche pas Mais galamment….. Je lui fais Pouet-pouet ! Elle me fait Pouet-pouet ! On se fait Pouet-pouet, et puis ça y est. Je souris Pouet-pouet, elle sourit Pouet-pouet, On s’sourit Pouet-pouet ! On s’est compris. Alors le Monsieur qui m’voit fait une sale trompette Y en a même quelquefois plus d’un qui rouspète Je lui fais Pouet-pouet ! Elle me fait Pouet- pouet ! On se fait Pouet-pouet, et puis ça y est ! Jadis, on s’faisait la cour Avant d’parler d’amour Ca durait trop longtemps Rien que sur la pluie et le beau temps Ce n’était que le lend’main Qu’on se baisait la main Et quinze jours après Qu’on s’embrassait d’un peu plus près. Moi, quand une femme m’invite, J’y vais beaucoup plus vite Mon r’gard, sans r’tard, Lui flanque un coup d’ poignard. Je lis au fond d’ ses yeux J’en dis pas plus, ça vaut bien mieux. Je lui fais Pouet-pouet, elle me fait Pouet-pouet On se fait Pouet-pouet, et puis ça y est. Je souris Pouet-pouet, elle sourit Pouet-pouet, On s’sourit Pouet-pouet ! On s’est compris. Et quand je lui ai bien chanté ma petite romance Elle dit d’un air enchanté, j’voudrais qu’ tu r’commences. Je lui r’fais Pouet-pouet, Elle me r’fait Pouet-pouet, On se r’fait Pouet-pouet, et puis ça y est !

  9. ah bah celui-là il est pour moi ! sûr !

    Répondre
  10. ah ben du coup je peux même pas te répondre en direct lol !!!!!
    ben c’est parce que je venais justement de l’écouter !!!!! lol !!!! ;)

    Répondre
    • Melo

       /  12 février 2012

      Mince, c’est con ça ! Faut que je regarde si je peux changer la configuration !
      T’as de bons goûts musicaux ma Cacahuète !! :p

      Répondre
  11. Ben oui il est très bien rédigé cet article je l’ai lu et apprécié mais je n’avais pas forcément mis de commentaire !
    Merci Little Sister pour ce partage !
    Bises

    Répondre
  12. Hé bien, je restais perplexe face aux éloges que j’en avais déjà lues, mais là tu me fais saliver ! D’autant qu’étant en pleines études d’informatique, les passages un peu rebutant me le paraîtront sans doute beaucoup moins :)
    Je découvre ton blog et j’aime beaucoup ta manière d’écrire tes chroniques que je trouve très intelligente et fourmillant d’informations !

    Répondre
    • Melo

       /  2 avril 2012

      Merci beaucoup Sita, vraiment ça me touche ! (♥ ptit coeur pour la peine, tu l’as cherché)

      Répondre
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